Vol 2 Lettre 14b

LETTRE 14

 11 juin 1937

 Chaque affirmation de l’unité est une grande action, et il est difficile d’évaluer ses effets selon des critères terrestres. C’est pourquoi, du fond du cœur, nous exprimons notre gratitude à tous ceux qui sont sur la même longueur d’onde spirituelle que nous et qui ont apporté leurs meilleurs sentiments pour le jour dédié à la Fête de l’Unité. Que chacun reçoive lumière et joie, que l’abnégation dans l’unité embellisse la vie de tous les véritables serviteurs du Bien. Nous sommes heureux que votre groupe soit aussi remuant et actif. Le plus important est d’agiter les eaux. C’est alors seulement que se présentent les occasions. Il faut toutefois garder à l’esprit que nous attendons souvent des effets tout à fait précis de nos actions, et que nous sommes déçus lorsque nous ne voyons pas des résultats immédiats et conformes à nos prévisions. C’est ainsi que nous risquons de ne pas remarquer que nos actions ont produit ou semé de nouvelles possibilités dans une autre direction non moins importante. Restons donc vigilants et apprenons à saisir les occasions que provoquent nos activités, nos rencontres avec les gens, etc. La vie est action, la stagnation est dissolution. Bénis soient donc ceux qui s’efforcent d’être actifs.

 Et maintenant, j’en viens à vos questions. Vous voulez en savoir plus sur l’énergie psychique.

 Vous savez que l’énergie psychique est appelée énergie PRIMORDIALE, et qu’elle contient, par conséquent, toutes les autres énergies, qui n’en sont que la différentiation.

 Ainsi, « Parafohat » est l’énergie psychique fondamentale, ou primordiale, dans son aspect le plus élevé, et « Fohat » est son aspect suivant dans l’Univers manifesté. La même énergie psychique manifestée comme force vitale est diffusée partout sous la forme de « PRANA ». Le moment est venu d’exprimer dans son unité la signification de l’Énergie Primordiale.

 Voici une citation de l’Enseignement :

 « […] Sans aucun doute, on vous a maintes fois demandé comment accroître l’énergie psychique et prendre conscience de son utilité. Il a été assez dit que le cœur aspirant à une meilleure qualité de vie sera le canal de l’énergie psychique. Aucune accélération conventionnelle forcée pour exposer l’action du cœur ne sera utile. Le cœur est un organe tout à fait indépendant ; il peut être libre de se tourner vers le bien, et il se hâtera alors de s’emplir d’énergie. De la même façon, ce n’est que dans les communions amicales que l’on peut cueillir les fruits de l’énergie unifiée. Pour cela, cependant, il est indispensable de comprendre ce qu’est un accord harmonieux. » (Fraternité, no 290).

 L’énergie psychique est le Saint-Esprit. L’énergie psychique est l’amour et l’effort. L’énergie psychique est la synthèse de toutes les radiations des nerfs. L’énergie psychique est le grand Aum. C’est pourquoi l’application d’un effort soutenu et invincible vers la perfection, vers la Lumière dans toutes ses manifestations, constituera précisément le développement de cette énergie qui donne la vie. Souvenez-vous de la section 55 du livre Communauté : « L’effort est le navire de l’Arhat. […] L’effort est la clé de toutes les cavernes. […] L’effort est la multitude des étoiles. » J’aime tellement ce paragraphe ! On peut dire que là où l’effort est inexistant, il n’y a pas non plus d’énergie psychique élevée.

 C’est juste, on ne peut assimiler l’énergie psychique que si les centres nerveux sont prêts à la recevoir. Mais personne ne peut la transmettre de force. Il est possible de transmettre une certaine partie de sa propre réserve à une autre personne, mais uniquement si l’autre personne est capable de l’assimiler. Cela explique beaucoup de guérisons miraculeuses. L’énergie psychique reçoit aussi de la puissance de l’espace, mais uniquement si elle a acquis la qualité d’un aimant. Tous les phénomènes, comme la télépathie, la transmission de pensée à distance, l’hypnotisme, la guérison, la clairvoyance, la clairaudience, la psychométrie, etc. sont liés aux manifestations des diverses qualités de l’énergie psychique. Il faut aussi se souvenir qu’il existe une infinie diversité de qualités de l’énergie psychique.

 La « Kundalini » est la même force vitale, ou énergie psychique, qui agit à travers le centre situé à la base de la colonne vertébrale. Mais elle se manifeste par le cœur chez les esprits hautement évolués. Dans les siècles passés, l’attention a été dirigée surtout vers le centre de la « Kundalini » lorsqu’on visait à obtenir des résultats visibles de l’action de l’énergie psychique. Mais dans l’ère qui vient, les mondes se rapprochant les uns des autres, le centre du cœur sera particulièrement intensifié. L’action à travers le centre de la « Kundalini » est surtout visible et réelle sur Terre, alors que pour atteindre les mondes supérieurs et pour y séjourner, il est essentiel d’affiner l’énergie du cœur. C’est la raison pour laquelle l’Enseignement parle tellement du cœur, ce « soleil des soleils ».

 L’énergie psychique montre une infinie variété de qualités et de manifestations. Elle est double dans son aspect, comme toute autre chose dans l’Univers manifesté, c’est-à-dire qu’elle peut être appliquée pour le bien ou pour le mal. Tout comme ses qualités les plus diverses ont été manifestées au temps de l’Atlantide, on peut s’attendre à voir ses manifestations les plus variées à l’époque qui vient. Espérons que les manifestations supérieures – ou qualités – de l’énergie psychique seront prédominantes suite à l’éveil d’une plus grande spiritualité dans l’humanité, sous l’influence des nouveaux rayons de l’espace qui parviennent maintenant jusqu’à notre planète. Tout dépend du développement spirituel de l’homme, de la qualité de son cœur.

 Maintenant, venons-en à votre question suivante : « Comment comprendre les mots de l’Évangile de saint Jean, "Ceux à qui vous pardonnerez les péchés, ils leur seront pardonnés ; et ceux à qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus." (Jean 20 : 23) » Il est évident que ces paroles n’ont pas été transmises avec exactitude. Il n’est en effet pas possible de s’attendre à ce que les Évangiles – dont les originaux furent couchés par écrit environ cent ans après le départ du Christ et après être passés par la censure de plusieurs mains zélées – aient préservé exactement la pensée du Christ. Néanmoins, voici mon interprétation. Si nous pardonnons, nous n’alourdissons pas le karma de celui qui a péché en agissant de la sorte. Mais si nous restons implacables et mal intentionnés, nous compliquons le karma de cette personne et en même temps nous n’améliorons pas le nôtre, bien au contraire.

 Souvenons-nous de ce qui est dit dans le livre Fraternité :

 « La notion de pardon suscite bien des malentendus. Celui qui a pardonné suppose accomplir un acte extraordinaire, alors qu’il s’est seulement évité des complications karmiques. La personne pardonnée pense que tout est terminé mais, bien entendu, son karma demeure. C’est vrai, celui qui pardonne n’interfère pas dans le karma de l’autre et, de ce fait, ne l’a pas alourdi, cependant la loi même du karma reste en vigueur pour les deux personnes. Les Seigneurs du karma peuvent l’infléchir dans la mesure où le feu de la purification brille avec assez d’éclat, mais ce feu est difficile à allumer.

 « De grands sacrifices ont été encouragés pour éveiller ce feu. Nous devons révérer la mémoire de ces actes d’une haute abnégation. Leur beauté vit encore, intacte, dans ces appels. Ni le temps, ni la confusion humaine ne sauraient étouffer les appels au sacrifice de soi. Les Enseignements de la Fraternité parlent des mêmes choses. Il est beau que, même aujourd’hui, le concept qui a traversé les âges ne soit pas oublié.

 « Ne rejetons pas ces faibles lueurs de compréhension du sentier supraterrestre. » (Fraternité, no 445).

 Retournons aux paroles de l’Évangile de saint Jean qu’on cite généralement en parallèle avec celles de saint Matthieu (18 : 18) : « Je vous le dis en vérité, tout ce que vous lierez sur la terre sera lié dans le ciel, et tout ce que vous délierez sur la terre sera délié dans le ciel. » C’est en effet sur ces passages que l’Église, se réclamant de la succession des Apôtres, appuie son pouvoir de pardonner ou de punir, incluant celui d’excommunier. J’ai déjà écrit à ce sujet et j’aimerais donc citer pour vous cet extrait :

 « Pour comprendre correctement les paroles du Christ [paroles mentionnées plus haut], il faudrait lire avec soin les versets précédents du même chapitre (Matthieu 18 : 15). En effet, le verset 18 est en quelque sorte un résumé de la parabole qui précède et qui explique parfaitement l’action de la loi du karma1. En vérité, si nous ne résolvons pas nos disputes avec nos proches, ici sur Terre, elles ne se résoudront pas non plus dans le Monde Subtil, car nous récoltons dans le Monde Subtil ce que nous semons ici-bas. C’est la raison pour laquelle nous devrions nous efforcer de neutraliser notre karma le mieux possible ou, en d’autres termes, de mettre en ordre nos rapports avec autrui pendant que nous vivons sur Terre. Pourquoi le mot "vous" du verset dix-huit devrait-il s’appliquer aux seuls Apôtres et non aux gens en général ? Il n’est certainement pas difficile de comprendre pourquoi ces paroles ont été interprétées comme étant le droit attribué par le Christ aux Apôtres de "lier et de délier" ou, en d’autres termes, de punir ou de pardonner. […]

 « En effet, à strictement parler, même le plus Grand Esprit est incapable de pardonner les péchés commis, car cela serait en contradiction avec la loi du karma. Il pourrait adoucir le karma jusqu’à un certain point, mais c’est tout. Si l’homme est le seul créateur et enregistreur de tous ses mobiles, ses pensées et ses actes, qui donc peut changer quoi que ce soit dans son être et dans sa destinée sans sa propre volonté ? Le Grand Esprit ne peut rien de plus que nous aider dans nos efforts pour réformer notre être intérieur. Oui, la coopération est nécessaire en tout. »

 En terminant cette lettre, j’aimerais vous demander de rappeler de temps à autres à tous ceux qui se sont approchés de l’Enseignement que les épreuves, comme vous le savez, sont inévitables. En vérité, les disciples doivent trouver la force d’esprit pour vaincre les ennemis qui, bien entendu, demeurent d’abord en nous-mêmes sous la forme de toutes sortes de passions et d’habitudes qui ne sont pas encore dépassées. Souvent, sous la pression de circonstances et de conditions extérieures, elles remontent dans nos cœurs et empoisonnent notre conscience. Indiquez à vos amis les sections suivantes du livre Fraternité :

 « Dans les communautés d’autrefois, on saluait tous ceux qui passaient par une épreuve. On les entourait de sollicitude, car on savait qu’il était inadmissible d’interrompre brutalement le déroulement de leur expérience. On considérait chaque épreuve comme le seuil d’une nouvelle étape. Nul ne pouvait modifier le cours des effets, mais les encouragements fraternels leur permettaient de ne pas ralentir le pas, même devant les images les plus effrayantes. Naturellement, le chaos, dans sa terrible laideur, tente par tous les moyens de bloquer le sentier de ceux qui sont à l’épreuve. Ces images peuvent être épouvantables, mais la plus horrible d’entre elles annonce la fin de l’épreuve. » (Fraternité, no 483).

 « L’habitude est une seconde nature – ce sage proverbe exprime l’emprise des habitudes sur l’homme. Plus précisément, elles l’immobilisent et lui ôtent toute réceptivité. On peut supprimer des habitudes, mais il n’est pas facile de les éradiquer. On rencontre partout des gens qui se vantent d’avoir surmonté leurs habitudes. Mais observez la routine quotidienne de ces vainqueurs, et vous verrez qu’en fait, ils sont encore esclaves de leurs habitudes. Ils y sont tellement accoutumés qu’ils ne perçoivent plus leur joug. Tragique aveuglement : l’homme est persuadé d’être libre alors qu’il s’enferre dans les chaînes de l’habitude. Il est très difficile de soigner celui qui nie sa maladie. Chacun peut nommer des incurables parmi ses connaissances. Pour assimiler le concept de Fraternité, la maîtrise des habitudes existantes est indispensable. Par habitudes, nous entendons non le service du bien, mais les habitudes mesquines de l’égoïsme.

 « Nous avons coutume de tester ceux qui approchent la Fraternité sur leur libération des habitudes. Ces tests doivent être inattendus et, de préférence, porter d’abord sur les petites habitudes. Les gens les défendent parfois plus fortement que quoi que ce soit d’autre. Ils les considèrent comme des traits naturels, comme des grains de beauté. Mais les nouveaux-nés n’ont pas d’habitudes. L’atavisme, la famille et l’école stimulent la croissance des habitudes. Quoi qu’il en soit, toute routine est ennemie de l’évolution. » (Fraternité, no 529).

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1 N.D.É.  Voici la parabole mentionnée :

 « Si ton frère vient à pécher, va le trouver et reprends-le, seul à seul. S’il t’écoute, tu auras gagné ton frère. S’il n’écoute pas, prends encore avec toi un ou deux autres, pour que toute affaire soit décidée sur la parole de deux ou trois témoins. Que s’il refuse de les écouter, dis-le à la communauté. Et s’il refuse d’écouter même la communauté, qu’il soit pour toi comme le païen et le publicain. » (Matthieu 18 : 15‑17).

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