Vol 2 Lettre 14

LETTRE 14

  30 mars 1936

 Dans l’une de vos précieuses lettres, vous demandez ce que signifie la phrase : « […] les données relatives au Kalachakra sont passées sous silence. » Le Kalachakra – la Roue du Temps ou la Roue de la Loi – est l’Enseignement attribué aux différents Seigneurs de Shambhala. On peut aussi trouver des traces de cet Enseignement dans presque tous les systèmes philosophiques et enseignements de l’Inde. À présent, il est particulièrement connu au Tibet. On peut aussi trouver des allusions obscures sur Shambhala dans la littérature occidentale. Après tout, la légende du Graal est aussi originaire de l’Orient et elle est une des nombreuses versions des récits sur cette même Shambhala. Les chroniques de l’Occident ont aussi rapporté que Constantin le Grand et l’Empereur byzantin Manuel avaient reçu des nouvelles depuis la « Demeure Mystérieuse ». Gengis Khan a également reçu des messages du Sage de la Grande Montagne. Aux XIIe et XIIIe siècles, l’Église chrétienne d’Occident, à travers ses Papes, connaissait aussi l’existence d’une Demeure Spirituelle Mystérieuse et d’une Fraternité se trouvant au cœur de l’Asie et dirigée alors par le fameux Prêtre Jean, comme ce Grand Esprit se nommait lui-même. De temps en temps, ce Prêtre Jean envoyait des notes de réprimande ou d’avertissement au Pape et à d’autres dignitaires de l’Église. Selon les annales, un des Papes envoya un ambassadeur au Prêtre Jean en Asie Centrale. On peut bien imaginer quelle était l’intention d’une telle ambassade et, bien entendu, après toutes sortes de vicissitudes et de malheurs, l’ambassade retourna sans avoir pu localiser la Citadelle Spirituelle. Cela n’empêcha pas le Prêtre Jean d’envoyer ses réprimandes.

 Le saint Graal est maintenant conservé en Orient. Récemment, un bon nombre de chercheurs se sont lancés sur les traces du Prêtre Jean et se sont efforcés de déchiffrer le symbolisme de la légende du Graal. Il existe une théorie à l’effet que le Saint Calice – ou le Graal – est la Pierre sacrée (lisez à cet effet le cryptogramme intitulé « La légende de la Pierre » dans le livre Au carrefour de l’Orient, et cette théorie est raisonnable).

 Bien des gens ont fait – et font encore aujourd’hui – des expéditions pour tâcher de trouver la Citadelle, mais en vain. Seuls peuvent y parvenir ceux qui sont appelés. L’histoire connaît un bon nombre de personnalités exceptionnelles dont la destinée était de donner un nouvel élan à l’évolution de l’humanité et qui avaient précédemment visité cette Citadelle de la Grande Connaissance. Ainsi, Paracelse, à un certain moment de sa vie, passa plusieurs années dans l’un des Ashrams de la Fraternité Transhimalayenne. C’est là qu’il reçut toutes les données qu’il a transmises plus tard dans ses nombreux volumes, souvent sous forme symbolique, car ces grands phares de la connaissance étaient victimes de graves persécutions. Son œuvre entière est traduite en allemand, en anglais et en français. Un grand nombre d’hommes de science et de médecins puisent leurs connaissances dans ses livres mais, comme d’habitude, ils omettent souvent délibérément de mentionner la source. L’Enseignement du Kalachakra – ou l’Enseignement de Shambhala – est non seulement passé sous silence actuellement, mais certaines autorités « spirituelles » interdisent même à leurs adhérents et amis de lire ces livres.

 Il ne faut pas non plus oublier notre génie russe, H.P. Blavatsky, qui fut tellement calomniée. Elle a passé trois ans dans l’un des Ashrams du Tibet et est retournée dans le monde avec une vaste connaissance et un message éclairé concernant les Mahatmas. Si elle n’avait pas été entourée par tant de mauvaise foi et d’envie de la part de ses contemporains, elle aurait écrit deux autres volumes de La doctrine secrète, qui auraient contenu des pages consacrées aux vies des Grands Instructeurs de l’humanité. Mais les gens ont préféré la tuer, et son œuvre est restée inachevée. L’histoire se répète et les forces obscures rampent à nouveau hors de leurs antres et s’efforcent de supprimer le Message resplendissant, mais la Lumière conquiert l’obscurité !

 L’Enseignement du Kalachakra est la Grande Révélation apportée à l’humanité à l’aube de son évolution consciente, dans la Troisième Race de la Quatrième Ronde de la Terre, par les Seigneurs du Feu, ou Fils de la Raison (parmi eux se trouvaient et se trouvent encore les Seigneurs de Shambhala).

 Il est certain que la Science Chrétienne guérit au moyen de l’énergie psychique et il est hors de doute que certains de ses membres réussissent à produire des guérisons remarquables. Toutefois, comme en toute chose, il faut un juste discernement et une juste application. En conséquence, en parallèle avec de grands succès, il y a aussi des échecs. Chaque chose est bonne à sa véritable place, mais il n’est pas toujours possible d’éviter une intervention chirurgicale. De même, les maladies infectieuses ne peuvent pas se guérir par la suggestion. Chaque chose requiert la correspondance et la conformité au but. Ainsi, certains cas demandent des remèdes homéopathiques, tandis que d’autres doivent être traités par des méthodes allopathiques. Mais ce qui importe avant tout, c’est que le guérisseur qui travaille au moyen de son énergie psychique soit bien informé et que son cœur soit pur.

 Une personne vous questionne pour savoir : « Comment concilier l’usage du musc par les Yogis avec la loi d’amour et d’innocuité que prêchent les occultistes ? » Et son autre préoccupation est : « Si le musc est le produit d’un organisme animal, il doit être chargé de magnétisme animal et, donc, ce magnétisme pénètre l’organisme du Yogi en même temps que l’aspect bénéfique du musc et le souille, […] » Nous pouvons répondre que les très grands Yogis, qui vivent dans des conditions créées par eux-mêmes, et qui sont bien différentes de celles de notre vie terrestre effervescente et agitée, peuvent utiliser le musc sans tuer d’animal. C’est justement cela qui est souligné dans les livres de l’Éthique Vivante. Et quant aux disciples qui vivent dans des conditions terrestres normales, ils devraient, pour se protéger du magnétisme animal, adhérer à un nudisme intégral et émigrer dans des contrées chaudes s’ils décidaient de s’en tenir strictement à la loi de l’innocuité (dans le sens que l’entend votre questionneur). Prenez la laine par exemple, il faudrait la rejeter parce qu’elle contient trop de magnétisme animal. La soie serait exclue afin de sauver le ver à soie. Même les vêtements de lin seraient défendus, car on ne devrait pas infliger aux fibres de la plante les souffrances qu’elles doivent subir au cours de leur traitement. La seule alternative serait de se couvrir de feuilles sèches, puisqu’il ne serait pas permis de les cueillir sur l’arbre. On devrait, bien sûr, oublier le cuir et même l’écorce pour les chaussures. Car l’utilisation de chaussures en cuir serait un encouragement direct à tuer des animaux, et peler l’écorce du bouleau, par exemple, pour en employer la couche supérieure serait douloureux pour l’arbre. De même, il faudrait limiter sa nourriture au lait (à condition que la vache en produise en quantité suffisante pour son veau), aux fruits, aux noix, aux graines et, bien entendu, seulement après les avoir laissés pourrir, sans quoi on ferait souffrir des organismes vivants.

 Je me souviens d’une anecdote à propos de Bernard Shaw, lorsqu’il rendit visite au célèbre homme de science de l’Inde, Jagadis Bose. Shaw se mit à se vanter d’être végétarien, car sa grande sensibilité lui interdisait de faire du mal, même indirectement, à un être vivant. Bose ne répondit pas, mais il démontra sur place à l’écrivain, dans une expérience visuelle, la douleur que subissent les carottes et les pommes de terre lorsqu’elles sont coupées ou mâchées avec volupté par une personne « sensible ».

 Mais il se pourrait que tout ceci ne soit pas trop terrible pour un homme « sensible » qui pourrait peut-être accepter de se vêtir de feuilles sèches et de manger la seule nourriture prescrite. Il serait néanmoins beaucoup plus difficile pour lui de s’empêcher de respirer ou de se couvrir le nez et la bouche à la façon des fanatiques de la secte Jaïn en Inde, qui craignent de tuer quelque petit insecte en respirant. Votre questionneur doit certainement savoir que l’espace qui l’entoure fourmille de créatures vivantes qu’il avale à chaque seconde et qu’il écrase à chaque pas. Les Jaïns fanatiques marchent en gardant les yeux rivés au sol, et font des drôles de bonds inattendus pour ne pas marcher sur une larve d’insecte.

 En conclusion, nous aimerions conseiller à votre correspondant de se familiariser avec les livres de l’Éthique Vivante et de comprendre l’esprit de l’Enseignement. La nourriture végétarienne y est conseillée, pas uniquement pour des raisons sentimentales, mais surtout parce que cela est meilleur pour la santé. Il est en outre mentionné que certains poissons souffrent encore moins que les plantes. Quant à la peur d’absorber dans son organisme du magnétisme animal, on pourrait répondre par les paroles du Bouddha : « Si l’on pouvait parvenir à la perfection seulement en s’abstenant de viande, l’éléphant et la vache auraient atteint ce niveau depuis longtemps. » Et ailleurs : « L’ascétisme n’a aucune valeur comme moyen de se libérer des liens de la terre. Il est plus difficile de trouver un homme patient qu’en trouver un qui se nourrit d’air et de racines ou qui s’habille d’écorces et de feuilles. »

 En ce qui concerne le karma, votre questionneur pourrait trouver dans le Bouddhisme bon nombre d’explications des plus valables. Il apprendrait que le karma est soit allégé ou soit augmenté principalement par nos pensées et nos raisons d’agir – les actions ne sont que des facteurs secondaires. Ce sont précisément les pensées qui créent le karma. S’il en était autrement, l’homme, dans son état actuel, ne pourrait jamais briser le cercle magique du karma. Pour un grand Yogi, aucun magnétisme animal n’est à craindre, rien ne peut le souiller, car tout est consumé par son feu intérieur. Mais nous, humbles habitants de la Terre, nous nous souillons incommensurablement plus par des pensées négatives qu’en avalant un morceau de viande ou en utilisant des sécrétions animales à des fins thérapeutiques.

 Apparemment, votre questionneur a oublié les paroles du Christ : « Ce n’est pas ce qui entre dans la bouche de l’homme qui le souille, mais ce qui en sort. Voilà ce qui souille l’homme. » (Matthieu, 15 : 11).

 Souvenons-nous aussi qu’une viande bien fumée contient beaucoup moins de magnétisme animal que l’aura des animaux domestiques que nous gardons dans nos appartements. La véritable réalisation ne consiste pas à se protéger artificiellement contre les influences nocives contrariantes, mais à s’élever au-dessus de tous les obstacles par la puissance de l’esprit. Et ce n’est que lorsque l’homme a atteint ce stade qu’il peut se retirer dans des conditions plus favorables, non pas dans le but de dépenser cette haute énergie afin de se protéger, mais au contraire, pour l’utiliser sans compter au service de l’humanité.

 Observons donc très soigneusement les conditions dans lesquelles nous vivons et, sans fausse sentimentalité, mettons en œuvre l’esprit de l’Ancien et du Nouveau Testament ; en maintenant l’équilibre, nous serons capables d’appliquer les sages conseils dans toute leur conformité au but.

 Malheureusement, je ne puis confier au courrier l’information qui contredit celle que vous avez reçue. Nous devons être très prudents lorsque nous traitons de ces questions. Il se fait un énorme travail, et une grande réévaluation des valeurs se produit. Le travail intellectuel commence à prendre une importance majeure et à passer devant un grand nombre d’autres choses. Et nous vivrons assez longtemps pour voir la lumineuse régénération. Ne condamnons donc pas trop sévèrement les centaines de milliers d’êtres qui, à leur façon, construisent le grand pays.

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 Mon cœur se réjouit chaque fois que quelqu’un comprend les Fondations de l’Enseignement. En vérité, seule une dévotion accompagnée d’efforts constants nous conduit vers la Demeure.

 Mais c’est véritablement la qualité la plus rare, et il n’est pas étonnant qu’elle soit considérée comme le signe des plus précieuses accumulations.

 « Celui qui a honte de la dévotion et qui renonce à la Hiérarchie de peur de perdre son individualité est bien pauvre et son Calice est vide. » Et aussi : « Pour celui qui souhaite une vie facile, il serait préférable de ne pas vivre. Celui qui demande avec insistance une récompense pour ses mérites ne devrait pas penser aux Mondes Supérieurs. Celui qui juge de la richesse par les biens matériels est un indigent dans le Monde Supérieur. » Ces vérités simples ne sont pas toutes acceptées par les cœurs faibles et les cerveaux desséchés. Mais une conscience élargie et un cœur ardent se réjouissent de chaque obstacle parce qu’ils considèrent qu’ainsi se trempe la lame de l’esprit. Ce n’est pas une vie facile, c’est une vie tendue et remplie de difficultés qui conduit aux réalisations. C’est pourquoi il est si important d’apprendre à aimer les obstacles et de ressentir une joie particulière et sage dans le service du Bien Commun.

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 Je crois que vous suivrez avec fermeté la voie que vous avez choisie. Je me réjouis donc de votre jeunesse et de vos qualités. Vous pourrez faire beaucoup pour votre mère patrie. Vous ne devriez jamais oublier que toute chose s’accomplit par des Voies Insondables. Observez avec vigilance les événements qui passent. Les nuages s’amoncellent, mais quelque part des lueurs annoncent l’aube.

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