Vol 2 Lettre 7

LETTRE 7

  18 février 1936

 Chaque guerrier de la Lumière accepte avec courage le paiement accéléré de ses vieilles dettes. Les souffrances de ceux qui foulent le sentier de Lumière se transforment en merveilleuses fleurs de l’esprit. Il n’est assurément pas facile d’obtenir la libération spirituelle des attaches terrestres. Mais quand, devant nous, s’étend la grande tâche du Service et quand le cœur brûle de dévotion pour le Grand Instructeur, alors le fardeau le plus lourd se transforme en la joie du renoncement de soi.

 Je constate que vous êtes perturbé par les tentatives de certaines personnes pour mettre de l’avant uniquement leur propre conception du monde. Je vous conseille d’accepter ces tentatives très calmement. Laissez les gens choisir pour eux-mêmes. On ne peut pas forcer la conscience ; faites donc preuve de tolérance et de retenue. Rien ne croît aussi lentement que la conscience. Pour assimiler un nouveau concept, il faut non seulement l’éclairer sous plusieurs angles, mais aussi le répéter continuellement « jusqu’à ce qu’une image en soit fixée dans le cerveau », comme l’exprimait un Penseur. Ceux qui ne peuvent pas apprécier toute la profondeur et l’échelle cosmique de la pensée révélée dans l’Enseignement de Lumière, et qui changent continuellement de voie, ne sont pas prêts à recevoir l’Enseignement de Feu. Par conséquent, non seulement serait-il déraisonnable de perdre du temps à vouloir les convaincre, mais il serait même mal de faire pression sur une conscience instable. Il est indiqué dans l’Enseignement que même avec ceux qui sont d’accord, il ne faut pas perdre beaucoup de temps. En effet, il faut les laisser montrer qu’ils ont appliqué le premier appel. Il est inutile de descendre le seau quand on sait que le puits est à sec. Mais lorsqu’une personne se révèle précieuse, il faut témoigner à son égard la plus grande tolérance et la plus grande patience, afin que, par touches légères, sa conscience puisse être préparée pour la collaboration. Lorsqu’on veut élargir la conscience, il faut prendre les plus grandes précautions. Seuls un développement intégré et la diversité des accumulations peuvent assurer la croissance véritable de notre trésor.

 Je partage votre avis que l’admission d’éléments instables dans un groupe ésotérique ou un conseil de direction présente un danger sérieux. Par conséquent, nous devons combattre ce mal et éloigner avec tact les personnes nuisibles. Efforcez-vous de n’accepter que des personnes qui ont fait leurs preuves, qui ont assimilé de tout leur cœur les fondations de l’Enseignement, qui manifestent une véritable et sincère dévotion à la Hiérarchie de Lumière. Sans une telle dévotion, il ne peut y avoir de réelle compréhension de l’Enseignement, car seul ce fil d’argent du cœur relie notre conscience à celle du Maître. On devrait dire à celles qui refusent de comprendre la nécessité du Maître que la corruption généralisée qui prédomine aujourd’hui est le résultat de la négation de l’autorité dans tous les domaines de la vie. Mais qu’est-ce qui peut exister sans ce principe directeur ? Je ne me lasserai jamais de répéter ces paroles de l’Enseignement : « […] L’Univers entier est saturé de ce principe. » (Agni Yoga, no 667). Sur quoi d’autre pourrait reposer l’évolution ? Par conséquent, toute personne qui rejette la Hiérarchie rejette l’évolution. « De tous les principes conduisant à l’élargissement de la conscience, celui de la Hiérarchie est le plus puissant. » (Agni Yoga, no 668).

 Notre âge sombre est rempli de toutes sortes de négations, et surtout de la négation des fondements de l’Être. La perte de la compréhension en ce qui concerne l’idée vitale et directrice du Maître a, d’une part, abouti à la pensée chaotique et à la licence, et, d’autre part, a permis aux fanatiques de créer des idoles des plus grands Maîtres en les enfermant derrière des barrières dorées et en les entourant d’inaccessibilité et de tout un attirail qui a perdu toute signification. C’est ainsi qu’a été violé le lien sincère et vivant avec le Monde Supérieur, à cause de l’ignorance des adhérents venus ultérieurement.

 Bien sûr, ceux qui proclament que « nul Maître ne peut vous libérer et que vous seul pouvez le faire » répètent l’une des nombreuses formules des Enseignements de l’Orient et des livres de l’Éthique Vivante. Plus précisément, « tout doit être fait par des mains humaines et par des pieds humains ». Personne ne peut forcer notre conscience à accepter une vérité pour laquelle nous ne sommes pas encore prêt. Seul notre effort intérieur peut créer la transmutation indispensable. Toute la sagesse de l’Orient affirme que c’est seulement par l’effort personnel et par un travail constant sur soi que l’on acquiert la connaissance et la possession de la vérité. Pourtant, cette sagesse dit aussi : « […] C’est pourquoi on peut appeler l’Instructeur un phare de responsabilité. Les liens de l’Enseignement sont pareils à une corde qui nous sauve d’une chute en montagne. » (Ère Nouvelle – Communauté, no 60). Celui qui a accepté la direction du Maître raccourcit son cheminement. Et en atténuant et en accélérant son propre parcours, il facilite en même temps celui de ses proches. Je vais citer ma section préférée du livre Agni Yoga :

 « […] Je me souviens d’un petit Indien qui avait trouvé le Maître. Nous lui avons demandé : "Se peut-il que le soleil ne brille plus pour toi, lorsque tu le vois en l’absence du Maître ?" Le garçon sourit : "Le soleil sera toujours le soleil, mais lorsque le Maître est là, douze soleils brillent pour moi."

 « Le soleil de la sagesse de l’Inde ne cessera de briller, car sur les bords d’un fleuve se tient un jeune garçon qui connaît le Maître. » (Agni Yoga, no 84).

 Et nous pouvons ajouter :

 « […] Si un barbare voulait porter atteinte au Maître, dites-lui comment l’humanité qualifie les destructeurs de bibliothèques. » (Agni Yoga, no 84).

 Et il est dit encore :

 « Auprès de qui peut-on fortifier ses pensées ? Seulement auprès du Maître. Il est comme un roc qui abrite de la tempête. La vénération pour le Maître est le chemin qui conduit au Monde Supérieur. Le chaos ne peut pas tolérer la construction. Dirigez votre attention vers le fondement de la pensée pour ne pas vous exposer à la tempête. » (AUM, no 74).

 Notre pauvre humanité, avec ses préoccupations limitées au matérialisme (l’Église sert aussi les besoins et les exigences matérialistes), a besoin plus que jamais de porter attention au Monde Supérieur et de comprendre le principe directeur d’Instructeur-Hiérarque. La maladie de l’humanité est la pensée chaotique et le manque d’autodiscipline. Les esclaves d’hier se révoltent d’abord contre l’idée de Hiérarchie, contre la discipline et contre la coopération. Seul un roi de l’esprit comprend la signification de la Hiérarchie, car pour commander, il faut d’abord apprendre à obéir. Si elle veut progresser, l’humanité doit pénétrer sa conscience du principe de la Hiérarchie. Mais, bien sûr, tout fanatisme est effrayant, puisqu’il provient de l’ignorance et qu’il se termine en intolérance. C’est en fait l’opposé de la vraie dévotion et du véritable respect.

 Tous les Indiens savent ce que veut dire la dévotion à l’Instructeur. Et nous savons que toutes les idées grandioses et toute la beauté de la pensée orientale se sont développées précisément par la séquence et la succession, dans la Chaîne Hiérarchique infinie de liens formés par la dévotion sans limite des disciples pour leur Instructeur. C’est pourquoi l’Orient considère un maître qui rejette le principe de la Hiérarchie comme un arbre desséché et sans racine. Priver son esprit du respect pour la grande idée du Maître équivaut à un suicide spirituel. Les Grands Instructeurs nous procurent la nourriture sans laquelle nous mourrions et avec nous la planète tout entière.

 En fait, si les Grands Instructeurs nous inondaient de toute la puissance de Leurs rayons, nous serions réduits en cendre, à moins de posséder le pouvoir de réceptivité. Chaque chose demande la réciprocité, la correspondance et la conformité au but. Toute la vie est basée sur l’échange mutuel et la collaboration. C’est pourquoi un être isolé qui se limite à son seul moi est condamné à la mort, physique et spirituelle. Ainsi, si quelqu’un prétend s’en tenir à un seul pilier, sa structure ne sera pas solide et ne résistera pas à la pression de la tornade qui approche.

 Demandez donc à ceux qui sont instables et qui provoquent les discussions s’ils ont lu tous les livres de l’Éthique Vivante. Et s’ils répondent par l’affirmative, observez-les. Vous pouvez vous attendre à de grandes surprises. L’ignorance et le manque de compréhension des fondements les plus simples du développement spirituel sont incroyables ! Et rappelez-vous que tous les Fondateurs de religions, à travers tous les âges et sur la planète tout entière, ont présenté le lien avec les Mondes Supérieurs comme le fondement de l’Existence ! Et notre sombre époque se termine sur des appels à violer ce lien salutaire unique !

 La séparation de notre planète d’avec le Monde Supérieur l’a menée au bord du désastre. Les mesures les plus urgentes doivent être prises pour que l’humanité retourne à la compréhension des fondements de l’Être et à la grandeur de la destinée humaine.

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