LETTRE 4
8 mars 1938
La confiance est une qualité rare, et elle se trouve dans la fondation de chaque construction. Sans confiance, il ne peut y avoir ni progrès ni développement. Par conséquent, vous êtes béni si vous possédez cette rare qualité. Protégez-la et approfondissez-la par le discernement de votre cœur.
J’ai lu avec intérêt le récit du cheminement préparatoire qui vous a amené à l’acceptation de l’Enseignement de Lumière. Il est vraiment utile de passer par les classes préparatoires et de constater par soi-même jusqu’à quel point l’évolution de la pensée et les complexités de la vie ont dépassé les formules toutes faites et les dogmes établis par notre Église.
Maintenant, passons à vos questions. Vous écrivez que dans le livre Calice de l’Orient, il est conseillé de ne pas risquer sa vie pour sauver celle du prochain. À mon regret, je ne réussis pas à trouver ce passage, mais apparemment cette indication a été donnée dans un contexte très précis.
Sur la base de l’Enseignement de Vie que nous avons reçu, je dois dire qu’en toutes choses il faut faire preuve de comesure ou, en d’autres termes, avoir le sens de la conformité au but qui règne dans tout l’Univers. Chaque choix devrait être fait en fonction du Bien Commun ou pour le bénéfice de toute l’humanité.
Imaginons un homme qui porte la responsabilité de la destinée d’un pays tout entier ou d’une nation – un président ou un général – et qui se précipiterait pour sauver une personne (qui souvent n’en vaut pas la peine) et qu’il perde ainsi la vie. Est-ce qu’un tel acte est raisonnable ou conforme ? Pourrait-on mettre sur une balance la destinée de tout un pays contre la vie d’une seule ou même de plusieurs personnes ? Pourtant, la sensiblerie, qui ne se sacrifie jamais elle-même, sera la première à crier que, dans plusieurs et même dans tous les cas, une personne doit se sacrifier sans réfléchir.
Je me souviens d’un cas qui m’a été rapporté. Dans une école américaine, un instituteur a proposé de discuter le thème suivant : Un propriétaire de fabrique – un grand bienfaiteur – marche dans la rue ; devant lui un mendiant saoul marche en titubant ; tout à coup, une voiture arrivant du carrefour écrase l’ivrogne. La question était : « Est-ce que le propriétaire de la fabrique aurait dû se précipiter pour sauver le mendiant au risque de sa vie, ou était-il plus judicieux qu’il évite la possibilité d’être tué ? » L’instituteur américain avait insisté sur le fait que le propriétaire de la fabrique, qui était responsable du gagne-pain de nombreux ouvriers, avait eu raison de ne pas exposer sa vie. Mais un ouragan d’indignation s’éleva, et l’opinion publique insista sur le fait qu’un homme devrait se sacrifier sans réfléchir pour son prochain – oubliant qu’eux-mêmes crucifient leurs voisins quotidiennement de plusieurs façons. En vérité, ces consciences n’ont pas encore dépassé les classes primaires et ne peuvent pas comprendre que tout sacrifice doit être fait intelligemment, sans quoi l’issue ne pourra être que malheureuse. Souvent, les soi-disant bonnes actions paraissent injustes quand on les considère à partir d’un plan supérieur. Même la sagesse populaire déclare : « Une certaine bonté est pire que le vol. » Ne nous arrive-t-il pas dans notre ignorance d’être prêt à combler les mauvaises personnes de bienfaits aux dépens de d’autres beaucoup plus méritantes ? Les ouvrages culturels de haute valeur ne sont-ils pas sujets au ridicule et à la calomnie ? Les plus grandes réalisations ne sont-elles pas rejetées par les gens ? Pourtant, ces mêmes personnes sont émues de compassion pour un ivrogne à sauver, oubliant que le prix à payer aurait pu être le bien-être d’un pays tout entier, ou même de plusieurs pays.
Par conséquent, nous dirons que l’être humain devrait aider son prochain lorsque cela est possible, mais qu’il ne peut risquer sa vie que dans les cas où il ne porte pas de grandes responsabilités. Ce serait un sérieux manque de jugement et une grande perte pour l’humanité que ceux qui en sont les bienfaiteurs risquent leur vie d’une façon insensée. Mais lorsque nous parlons aux masses, nous devons dire que l’homme devrait toujours et en toutes circonstances apporter son aide à son prochain. En vérité, celui qui risque sa vie pour son prochain est un héros. Mais il y a différentes sortes de risques et de sacrifices. Le sacrifice d’un médecin ou d’un chercheur qui manipule avec abnégation des substances dangereuses pour découvrir le remède qui guérira une maladie pernicieuse est extrêmement important ! Mais on se souvient rarement de ces martyrs conscients et de ces bienfaiteurs de l’humanité.
Voici ce que dit le Grand Instructeur :
« […] Toute personne qui entre sur le Sentier du Service doit, tôt ou tard, sceller son service de Lumière par une réalisation personnelle. Ce service ne sera pas accompli si la personne ne comprend pas ce que signifie la conformité au but, et ce concept n’est compris que lorsque l’esprit est conscient de son objectif. Courage et sagesse émanent d’un seul et même concept du Bien.
« L’homme porte en lui-même la mesure de l’essence de ses actes. Il est impossible de prévoir quand et comment l’heure décisive arrivera, mais dans le fond de notre cœur, nous savons quand le temps est venu. Ainsi, la sagesse et le courage nous aident à comprendre la pleine responsabilité que nous assumons pour le bien de l’humanité. » (Surterrestre, volume 1, no 175).
* * *
Passons à votre question suivante : « Quelle mort faut-il considérer comme étant naturelle ? » Bien entendu, la mort la plus naturelle consiste à mourir de vieillesse. Parfois, on doit aussi reconnaître comme naturelle la mort causée par une maladie, parce que dès sa naissance, l’homme porte des germes de maladie. Dans les conditions de vie laides et anormales, créées par l’humanité dépravée, presque tous les types de mort peuvent être considérés comme n’étant pas naturels.
Il arrive qu’une maladie aide le corps subtil à se nettoyer de bien des horreurs, c’est pourquoi une longue maladie facilite souvent le passage. Bien sûr, presque tous les soi-disant accidents sont des effets du karma.
Votre troisième question concerne la Voie Unique. À proprement parler, il n’existe qu’une seule Voie principale, qui est la Voie de l’évolution, mais les sentiers qui mènent à cette Voie sont nombreux et variés. En vérité, la Révélation Unique, apportée à toutes les époques par les Grands Instructeurs de l’humanité, est l’unique Voie Royale. Cependant, les sectes et les déformations de l’Enseignement produites par leurs adhérents sont devenus les sentiers nombreux, multiformes et souvent ardus le long desquels rampent les masses humaines. Chaque Maître insiste sur la partie de la Révélation Unique qui est la plus nécessaire à un stade particulier du développement de la conscience.
Quand la conscience a assimilé les fondations de l’Enseignement de Vie, tout ce qui se passe autour de nous et en nous prend inévitablement une autre signification. La conscience élargie déplace le point de départ de la pensée vers les mondes supraterrestres, et s’unit à la conscience des Frères Aînés de notre humanité. Cette conscience apprend à vivre dans sa véritable demeure et connaît dans son esprit et dans son cœur ses Amis et ses Aides. L’Aide des Grands Instructeurs est accordée lorsqu’elle est nécessaire et utile. Par conséquent, accomplissons la mission de notre vie avec patience, en donnant un exemple de courage et de dévotion à tous ceux qui nous entourent. En guise d’encouragement, voici pour vous une page de l’Enseignement de Vie :
« […] Vous savez qu’il n’est pas toujours possible de faire des miracles. En plus des raisons cosmiques et de l’interférence des forces négatives du Monde Subtil, le manque de foi des gens peut être un obstacle. Il est difficile de tracer la frontière entre le manque de foi et le doute, car ces deux vipères sortent du même nid.
« Le Grand Pèlerin enseignait souvent que tout nous est donné selon notre foi. N’oublions pas que le Christ a été empêché d’effectuer certains miracles, là où se manifestait un manque de foi. Les Évangiles mentionnent ce fait. De nos jours, les scientifiques remplaceraient l’expression "manque de foi" par "refus d’accepter l’autorité". Il n’est pas important de savoir quelle expression est utilisée, la signification reste la même.
[La rupture dans le courant de l’énergie interrompt même les envois les plus puissants. Il est possible d’observer cette manifestation physique, en commençant par les situations les plus communes.]
« […] Quand Nous vous mettons en garde contre le doute, Nous parlons d’une loi physique. Les gens rejettent l’aide la plus puissante, parce que leur libre arbitre les pousse à détruire même les circonstances les plus favorables. Par exemple, une personne en colère va écarter la Main qui se tend pour l’empêcher de tomber. L’Instructeur doit vous avertir des effets nuisibles du doute.
« Nous vous rappelons que lorsque les disciples doutaient du pouvoir de l’Instructeur, ils recevaient immédiatement un coup, qu’ils appelaient le "destin". Mais cette définition est inexacte. De quelle sorte de destin s’agit-il lorsqu’une personne rompt elle-même le lien salutaire ?
« Il est juste de considérer les bases de la foi comme le moteur essentiel de l’évolution. […] » (Surterrestre, volume 1, no 177).
Aussi :
« Vous savez que la mosaïque de la vie s’assemble parfois d’une manière imprévisible, mais l’imprévu ne se présente que du point de vue terrestre. Souvent, une personne croit parler ou écrire avec une certaine intention mais, sans le savoir, elle est poussée par les Forces Supérieures vers un objectif entièrement différent. Un homme pense qu’il a réussi dans une direction qu’il a choisie, alors qu’en réalité il a obtenu un succès beaucoup plus grand dans une voie inattendue. Il écrit à une certaine personne, mais la réponse vient d’une source inattendue.
« Nous obtenons souvent des résultats multiples pour une seule action. Si Nous devions énumérer toutes les conséquences possibles, les hommes seraient désorientés. Ils essaieraient de réduire leur énergie psychique, ce qui l’affaiblirait. Seul le développement de la conscience permet d’acquérir une vaste perspective.
« Le Grand Pèlerin enseignait comment élargir la conscience. Il répétait : "Ouvrez vos yeux et vos oreilles." En effet, Il n’invitait pas les gens à ouvrir uniquement leurs yeux et leurs oreilles à Ses Enseignements, mais Il indiquait que l’expansion de la conscience permet d’acquérir une véritable profondeur de raisonnement. Hélas, on ne peut pas faire passer une corde par le chas d’une aiguille. Une oreille étroite ne peut pas comprendre un grand message.
« On imagine facilement qu’une grande partie de Ses Enseignements n’a jamais atteint la conscience de Ses auditeurs ! Beaucoup de choses n’ont été retenues que partiellement. L’enchaînement est disparu, et le sens original a donc été perdu. Je ne dirais pas qu’on a complètement perdu le sens, mais la beauté des paroles a été perdue. C’est ainsi que la pensée d’un grand nombre de Grands Instructeurs a été déformée.
« Dans les enregistrements de l’espace, les pensées des Instructeurs sont mieux préservées. Elles se répandent comme une rosée bienfaisante sur ceux qui peuvent les recevoir. Sachant cela, les Instructeurs n’accordent pas beaucoup d’attention aux déformations terrestres. Ce qui est prédestiné viendra, et le cœur réceptif l’acceptera.
« Les pensées humaines se développent aussi dans l’espace. Chaque pensée héroïque et désintéressée constitue déjà une semence pour le monde de l’avenir. Il n’y a pas que les Grands Instructeurs qui peuvent devenir des Créateurs de Bien dans le Cosmos, chaque penseur peut le devenir aussi.
« Les gens ne souhaitent pas réfléchir aux mondes lointains, mais de telles pensées purifient admirablement la connaissance. Sur les chemins de l’espace, il n’y aura aucune envie, haine ou grossièreté.
« Le Grand Instructeur dirigeait souvent le regard de Ses disciples vers les astres en disant : "Nombreuses sont les maisons, et la vie se trouve partout." Il voulait que Ses disciples aiment l’Infini. […] » (Surterrestre, volume 1, no 176).
N’oublions jamais le lien salutaire et les nombreuses conséquences de chaque événement et de chaque action. S’il y a du chagrin aujourd’hui, demain il y aura de la joie.