Vol 1 Lettre 40

Lettre 40 

12 décembre 1934

Vous écrivez : « Votre lettre nous a été lue, mais nous ne l’avons pas entièrement comprise. Je suis l’un de ceux qui n’ont pas compris. » Cela m’a beaucoup étonnée ! Il me semblait que mes explications étaient plutôt exhaustives, surtout si nous considérons que vous avez déjà quelques livres de l’Enseignement dans lesquels la ligne de démarcation entre les accomplissements spirituels et les manifestations du soi-disant psychisme est clairement indiquée.

Ces difficultés proviennent certainement de l’incompréhension du terme « psychisme ». Vous savez sans doute que le mot « psyché » vient du Grec et signifiait à l’origine simplement le souffle vital et l’âme animale – précisément ce qui appartient à la nature animale. Dans sa transformation subséquente, il devint l’âme rationnelle – l’âme humaine – et fut appliqué finalement au plus élevé, à la synthèse spirituelle, la couronne de l’être humain. Par « psychisme », les Orientaux aussi bien que les Occidentaux ont à l’esprit les manifestations du degré inférieur de cette énergie, précisément les pouvoirs dont font montre les médiums et les psychiques. Le terme « psychisme » est aussi utilisé par les Occidentaux pour décrire ceux qui ont des pouvoirs supérieurs aux médiums habituels. Mais dans les deux cas, l’énergie psychique supérieure est absente, puisque cette qualité ne peut être manifestée que lorsque les centres sont ouverts et transmutés par le feu. Cela provoque bien des malentendus. On obtient des interprétations fausses ainsi que des explications bizarres parce que les manifestations psychiques sont mal définies.

Le domaine psychique est vaste, et il comprend une infinie diversité de manifestations, des plus hautes aux plus basses. Tout ce qui n’a aucun rapport avec la vraie spiritualité, c’est-à-dire avec les plans du Manas Supérieur et de Bouddhi, est appelé psychisme. Tout ce qui s’obtient à l’aide d’exercices mécaniques est du domaine du psychisme inférieur, du fait que ces méthodes ne peuvent jamais provoquer l’ouverture des centres supérieurs et surtout pas leur transmutation ardente. Ces essais mènent à la folie.

Les contacts avec les sphères inférieures du Monde Subtil sont aisés pour les médiums comme pour les animaux. Il est certain que les animaux voient, ressentent et entendent beaucoup plus finement que nous. Ainsi que Luke Berk le dit : « La clairvoyance est une faculté très commune ; les chiens, les idiots et les hommes ont d’égales dispositions pour cela. » Il est curieux de noter que la grande majorité des médiums et des psychiques – à de très rares exceptions près – n’ont pas de capacités intellectuelles élevées. Plus précisément, il existe chez les médiums une certaine particularité dans l’organisme, et chez les psychiques un manque d’équilibre, qui freine le développement correct des centres supérieurs et qui parfois même les paralyse complètement. C’est pourquoi nous n’aimons pas les médiums, mais nous sommes plutôt navrés pour eux. À cause de l’étrange structure de son organisme, un médium est ouvert, dès sa naissance, à toutes les influences extérieures. La volonté d’un médium plie facilement sous l’influence des entités possédantes, si nombreuses dans les basses couches du Monde Subtil, et le danger consiste en ce que le médium ne s’en rend pas compte. En effet, il est extrêmement difficile pour le médium de fortifier sa volonté pour résister aux entités possédantes et aux souffleurs. Beaucoup d’humains ont des tendances médiumniques. Toutefois, ces tendances sont dans un état embryonnaire et restent insoupçonnées, et bienheureux sont ceux qui ne les développent pas jusqu'à ce que la spiritualité soit complètement éveillée.

Voilà pourquoi toutes les instructions sur le développement de certains siddhis sont si dangereuses. Jusqu’à ce que la synthèse spirituelle soit atteinte, ces siddhis n’apportent rien et finissent presque toujours par provoquer des désordres du système nerveux, la possession et la mort spirituelle, sinon physique. C’est la raison pour laquelle les livres qui proposent des exercices mécaniques pour développer les manifestations psychiques devraient être considérés comme très nuisibles. Au moins, il serait préférable que ces livres mentionnent aussi tous les dangers qui menacent les naïfs qui pataugent dans cette science. Elle exige en effet une méthode prudente, subtile, précise et scientifique. Il est exact de dire avec l’Enseignement que : « Sans le Maître, il est impossible de développer l’énergie psychique, du fait que ce processus est lié à de graves dangers. » Permettriez-vous à des enfants d’entrer dans un laboratoire de physique sans surveillant ?

Il faudrait saluer toute méthode scientifique, chaque recherche hardie. Il est certain que des expériences très dangereuses sur les énergies inconnues sont entreprises. Mais des précautions sont prises à cet effet, et des conditions spéciales sont créées. Non seulement les foules n’y sont pas autorisées ni ne sont informées, mais même des personnes qui connaissent le sujet ne sont pas admises dans les laboratoires. Pouvons-nous permettre l’accès dans des laboratoires combien plus subtils, plus compliqués et donc beaucoup plus dangereux ? Dans le genre de littérature que nous mentionnons ici, n’importe quelle personne ignorante ou spirituellement impure – donc sans protection – est invitée à participer à ces investigations. Tous les livres qui traitent de ces sujets sans en même temps donner d’explications sur les graves conséquences des méthodes erronées et des fausses motivations ne reçoivent pas la bénédiction des Grands Instructeurs. 

C’est juste, une respiration correcte – c’est-à-dire la faculté de respirer en rythme et profondément – est un précieux moyen de guérison pour retrouver des forces tant spirituelles que physiques. Mais vous savez que le pranayama conseillé par ces livres ne vise pas seulement une respiration correcte, mais aussi le contrôle de la respiration et la concentration sur les centres, et tout ce qui procède d’une telle gymnastique. Un médecin honnête et progressiste prescrira pour chaque malade une dose d’un médicament adapté aux besoins de l’individu. Ainsi, l’arsenic est salutaire quand il est pris à très faibles doses, mais si on exagère, il peut causer un empoisonnement ou le cancer. Je considère que la diffusion large de ce genre de manuels à sensation pour les grandes masses équivaut à la vente légale de poisons. Non, c’est même pire, car un poison ne détruit que le corps physique, tandis que la violation des centres subtils mène à la mort spirituelle.

J’ai lu les livres d’Atkinson, alias Yogi Ramacharaka. Avant la Grande Guerre, ses livres ont inondé le marché du livre russe, lequel était malheureusement très pauvre en littérature traitant de philosophie orientale et de ses enseignements psychophysiologiques. À ce moment-là, je ne leur trouvais rien de mal, bien que je ne fusse pas enthousiaste non plus, ayant toujours préféré les sources originales. Dans cet esprit, l’image lumineuse de Ramakrisna et l’esprit clair de Vivekananda trouvaient une résonance dans mon cœur comme un appel puissant à la synthèse spirituelle. Si je devais relire Atkinson aujourd’hui, j’aurais probablement une attitude différente sur ses livres. Certainement, personne ne s’objectera au développement de l’attention, à la puissance de la volonté et à l’élimination des défauts ; mais cela doit s’accompagner d’une aspiration spirituelle et d’une discipline intellectuelle. Justement, c’est de tout cela qu’il est question si exhaustivement dans les livres de l’Enseignement.

Et maintenant, c’est à mon tour de ne pas comprendre comment vous pouvez comparer des extraits des écrits de N.K. sur le développement de l’attention avec les instructions données dans les livres mentionnés plus haut. Le développement de l’attention est une chose, mais la concentration sur les centres et leur rotation, de même que le contrôle de la respiration, sont une chose tout à fait différente. Bien sûr, toutes les expériences en rapport avec le développement de l’attention recommandées par N.K. ne peuvent être considérées comme artificielles ou mécaniques. Si cela était, le fait d’apprendre par cœur pourrait tout aussi bien passer pour dangereux !

Plus loin, vous citez l’un des livres de N.K. : « Nous essayons d’étudier et de traduire dans la vie de tous les jours la soi-disant abstraction. » Bien, il n’y a que les gens ignares pour penser autrement ! Mais une fois encore, je ne vois pas ce qu’il y a de commun entre cela et une approche aveugle des expériences dangereuses dont nous parlons maintenant. Nous ne sommes pas opposés à l’investigation des phénomènes en soi, mais plutôt à leur approche non intelligente et non scientifique. Nous nous opposons véritablement à l’ignorance. On ne permet pas aux enfants de s’amuser avec du radium.

Plus loin, vous rapportez cette citation : « Les nouvelles écoles doivent disposer de laboratoires consacrés aux sciences naturelles. » Puis celle-ci : « Les meilleures cerveaux dirigent de plusieurs façons la pensée humaine vers l’élargissement de la conscience, et cela est la seule véritable prophylaxie et vision pour une vie future lumineuse et une vie constructive. » Ici non plus, il n’y a pas de contradiction avec ce que j’ai dit. Personne ne peut nier les avantages d’une bonne éducation pour les enfants. Si dès leur plus jeune âge, on leur enseigne à comprendre les multiples développements de la nature qu’ils ont devant eux, ils finiront par discerner ses manifestations subtiles. En vérité, non dans l’ignorance, mais en parfaite connaissance de toutes les conditions scientifiques. Tout cela est mentionné dans les livres de l’Enseignement. En outre, l’Enseignement tout entier n’est-il pas dirigé vers l’élargissement de la conscience ? Pourtant, la simple concentration sur le bout de son nez ou sur son ombilic sans tendre vers la synthèse spirituelle ou une élaboration d’accumulations spirituelles ne mènera qu’à l’idiotie ou à la possession.

De même, personne ne verrait d’objection à la nécessité d’institutions pour les recherches parapsychiques, mais au point où en sont les choses maintenant, ces recherches ne révèlent rien de nouveau. Bien que la « Society for Psychical Research » [Société de Recherche Psychique] ait été fondée en 1882, les rapports des phénomènes ne sont toujours pas établis et sont contestés. Nous avons tous les livres sur ces sujets et si vous lisez le résumé final de toutes ces études, vous verrez que les recherches psychiques sont dans l’impasse. Nous connaissons un éminent professeur qui est à la tête d’une société de recherche psychique, il a dû reconnaître très franchement que la façon dont les recherches sont menées actuellement n’offre rien d’élevé ni d’inspirant. Leur expérimentation n’avance pas au-delà de ce qui avait été atteint précédemment. Étant un homme hautement cultivé, il réalise parfaitement que l’inefficacité est due aux méthodes ignorantes et non scientifiques des chercheurs eux-mêmes. Il y a un manque de compréhension du fait que des expériences importantes doivent être menées par quelques personnes sélectionnées pour leur degré élevé de synthèse spirituelle. Mais est-il possible de trouver cette synthèse parmi les médiums ordinaires ? Cela est tout aussi rare chez les savants qui s’appliquent à ces recherches. Mais sans ces préalables, les sociétés de recherche psychique ne continueront qu’à découvrir des banalités. Il y a donc plusieurs livres qui traitent de psychisme dans notre bibliothèque, mais je ne les consulte que très rarement, sauf parfois pour quelque information spécifique. Je ne me vante aucunement, mais je dois reconnaître n’avoir jamais perdu de temps ou d’efforts à contrôler ma respiration pas plus qu’à me concentrer sur le bout de mon nez.

Vous dites que vous ne désirez pas devenir médium. Mais comment peut-on souhaiter être ou ne pas être un médium ? N’oubliez pas que c’est une faculté innée, une condition particulière de l’organisme qui n’a rien à voir avec le développement de l’énergie psychique supérieure. Il existe de nombreux médiums qui ne mettent pas en pratique leurs facultés, et ils sont très nombreux dans les basses classes. Comme je l’ai expliqué déjà, il arrive que cette particularité reste endormie et c’est très heureux pour eux. Mais malheur à ceux qui l’éveillent, car aussi longtemps qu’ils ont une conscience limitée ou qu’ils sont empoisonnés par leur égoïsme, il n’en résultera que détérioration. C’est la raison pour laquelle en Orient, dans les temps anciens, les enfants médiums étaient isolés pour être élevés dans la pureté afin qu’ils soient préservés des influences astrales nocives. Mais malgré cette pureté, aucun d’entre eux ne pouvait espérer devenir un Adepte ou Arhat, ou pouvoir pénétrer dans le Saint des Saints. Le Pouvoir du Grand Instructeur de Lumière peut aider un médium à conquérir sa médiumnité et l’élever au rang de médiateur, mais seulement si le médium lui-même fait preuve d’une persévérante et constante aspiration vers la Source de Lumière. La moindre déviation de cette voie de travail réduira à néant tous les accomplissements précédents.

Tendons donc tous nos efforts vers les manifestations sublimes, puisqu’il est non seulement insensé, mais également dangereux de contacter les sphères inférieures du Monde Subtil. Je citerai d’autres paragraphes de l’Enseignement :

« Nous avons déjà beaucoup parlé de la médiumnité, néanmoins ce fléau de l’humanité reste mal compris. Les phénomènes psychiques émoussent toute aspiration et l’accomplissement supérieur demeure inaccessible. La sphère d’activité de l’homme qui a sombré dans la médiumnité se limite au cercle enchanteur où naturellement toutes les énergies retardant la croissance de l’esprit se retrouvent. La médiumnité inclut la manifestation des énergies les plus basses et leurs précipitations étouffent les feux des centres. Elle s’accompagne inévitablement d’un désordre du système nerveux. De plus, la rupture d’avec les fonctions vitales ferme la voie vers le perfectionnement. La créativité s’émousse et il s’ensuit un état passif qui fait de l’homme un instrument de l’influx des forces de toutes sortes. Suite au relâchement de la volonté, le contrôle de soi faiblit, ainsi l’attraction de diverses entités inférieures s’accroît. Pour approcher le Monde de Feu, combattez ces forces du mal. » (Monde de Feu, volume 3, no 309).

« Les énergies ardentes mises sous tension par un centre accroissent souvent l’action des énergies de ce centre. L’action partielle des énergies donne au centre le pouvoir de se manifester partiellement. Ces tensions partielles mènent à ces manifestations partielles qui induisent en erreur les consciences de faible discernement. Ur. a justement décrit les phénomènes, évoqués par la tension d’un centre, qui mènent au psychisme inférieur. Vraiment, chaque ouverture, imprégnation ou irritation des centres donne une nette direction à l’énergie de feu. Seule la conformité entre l’état de l’organisme et l’éveil spirituel produit inévitablement l’ouverture des centres dans leur plus haute tension. Une pression partielle produira un accomplissement partiel qui peut s’avérer un phénomène très dangereux. Sur le chemin vers le Monde de Feu, réalisons la plus haute tension de l’énergie de feu. » (Monde de Feu, volume 3, no 308).

« […] Plus précisément, le psychisme inférieur et la médiumnité détournent l’homme des Sphères Supérieures, car le corps subtil s’imprègne tellement des émanations inférieures que tout son être en est altéré. En réalité, la purification de conscience est l’un des processus les plus difficiles. L’homme ne distingue pas clairement la différence entre l’état ardent de la spiritualité et le psychisme inférieur. Aussi devons-nous en surmonter les terreurs. En fait, les rangs de ces instruments sont remplis de serviteurs des ténèbres. Sur le chemin vers le Monde de Feu, nous devons donc affronter le psychisme inférieur. » (Monde de Feu, volume 3, no 365).

Ces paragraphes, tout comme ceux que je vous avais envoyés précédemment, indiquent clairement le point de vue des Grands Instructeurs.

« Les temps sont maintenant si menaçants, si dangereux, parce que c’est la dernière bataille entre la Lumière et les ténèbres. Par conséquent, chacun doit honnêtement et fermement décider de quel côté il apposera son nom. Chacun doit examiner son acquis spirituel et joindre définitivement l’un des deux camps. Le choix doit être définitivement arrêté, car autrement une personne ne peut s’attendre à rien de bon dans sa vie, sauf à une détérioration. Notre sentier est la voie indiquée par tous les grands Sages – la voie de la transfiguration spirituelle, la voie du développement du cœur, sans magie, ni contraintes. En vérité, le chemin des tièdes ne peut être foulé lorsque l’Épée de la Lumière fend l’obscurité. »

Je sais que plusieurs personnes me trouveront sévère, mais seul l’affreux danger auquel s’exposent les âmes bonnes et sensibles en communiquant avec d’autres mondes sans posséder les connaissances adéquates me force à parler avec autant de fermeté et d’insistance. Chaque mauvais plaidoyer et chaque cas d’insouciance est maintenant criminel. Les sphères les plus proches de la Terre sont encombrées à cause des génocides de la guerre, des révolutions, etc. Et maintenant, ces victimes s’efforcent d’entrer en contact avec des forces vitales pour recouvrer l’illusion de la vie. Sans doute, le fait qu’il existe un tel nombre de déséquilibrés est l’effet de ce vampirisme ou de cette possession.

C’est pourquoi tenez fermement à la pureté de l’Enseignement dans votre vie et en son temps, vous connaîtrez ce qu’il y a de plus merveilleux et de plus joyeux. Mais l’organisme pollué au contact des sphères inférieures ne peut assimiler les énergies supérieures. 

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