Lettre 11
25 mars 1935
J’ai été très heureuse de lire
votre lettre. Par-dessus tout, j’aime à féliciter les gens qui sont maîtres
d’eux-mêmes, qui empoignent leur karma et qui dans une recherche honnête réussissent
à se libérer des dogmes et des préjugés qu’on leur avait imposés. Je vous souhaite
donc la bienvenue sur la voie que vous avez choisie pour porter la lumière dans
la conscience des gens. Votre approche est tout à fait juste. On ne devrait
jamais forcer, mais ne donner que ce qui peut être assimilé. Tous les instructeurs,
du plus petit au plus grand, avaient et ont des disciples à tous les degrés.
Pour réussir, on devrait premièrement considérer la conscience de ses auditeurs.
Beaucoup d’âmes désirent ardemment
comprendre l’Enseignement du Christ sous une un nouvel éclairage. Si les ouvrages
d’Origène ne sont pas disponibles, je vous conseille le livre remarquable Dobrotolubye
[L’Amour du Bien]. En lisant les conseils vitaux et les explications
des Évangiles que nous ont laissé les grands travailleurs spirituels des premiers
siècles de la Chrétienté, on voit clairement combien notre esprit moderne est
plein de confusion. Le terme « Christ » était pour ces grands Sages
justement ce principe divin suprême en nous, tel qu’il était à l’origine dans
les grands Mystères de l’antiquité. Les termes « Khrestos » et « Khristos »
étaient puisés des dictionnaires des Mystères païens. « Khrestos »,
qui veut dire aussi néophyte, celui qui a traversé toutes les souffrances et
passé tous les tests de l’Initiation ultime, devenait après avoir été oint,
le Christ, « le purifié ». Sa personnalité limitée se fondait avec
son individualité infinie, et c’est alors qu’il devenait un Ego immortel. On
retrouve la même conception du mot « Christ » dans l’Épître aux Galates
(4 : 19) et dans la Première Épître aux Corinthiens (3 : 16),
de même que dans l’Évangile de saint Jean (15 : 4) et l’Évangile de
saint Luc (17 : 21).
Le livre Dobrotolubye
[L’Amour du Bien] m’a été envoyé depuis le mont Athos, mais je suis certaine
que quelques-uns de nos « Vieux-Croyants » devraient l’avoir. Certaines
pages ressemblent beaucoup à l’esprit des Enseignements de l’Orient et à l’Enseignement
de l’Éthique Vivante. Les déclarations du grand Antonius concernant la Voie
Royale, ou Voie de l’Équilibre, sont remarquables. Cette Voie Dorée du Juste
Milieu a été prêchée par tous les grands Instructeurs de l’humanité. Qu’elle
est belle la tâche de purifier l’Enseignement du Christ dans l’esprit de ces
premiers grands ouvriers du domaine spirituel et de l’exposer dans une nouvelle
compréhension ! Il vaudrait la peine d’étudier l’histoire et toutes les
résolutions des premiers conciles de l’Église et de découvrir comment la majorité
des représentants de l’Église se détournèrent de la Vérité. Ce serait bien sûr
très précieux si vous pouviez vous procurer l’ouvrage d’Origène, le Traité
des Principes. Il s’y trouve une foule de commentaires sur toutes les parties
obscures des Évangiles et de l’Ancien Testament. La tâche consistant à purifier
ce qu’on accepte comme étant l’Enseignement du Christ et l’établissement de
la façon correcte de le relier en esprit et dans l’unité avec les autres grands
Enseignements de l’Orient constitueraient l’une des plus précieuses contributions
à notre littérature religieuse, qui est soit pauvre, soit inaccessible. En parcourant
les essais théologiques modernes, le feu du cœur peut littéralement être étouffé.
Cela s’applique aussi bien à la théologie chrétienne qu’à celle des autres religions.
Ce n’est qu’en revenant aux sources qu’on peut découvrir la beauté et l’unité
des grandes Révélations.
* * *
Votre question sur les animaux
est très compliquée. Il est certain que de tuer des animaux inoffensifs pour
s’en nourrir alors que la nature nous fournit abondamment en produits exempts
de sang est en principe inexcusable. Mais la vie est si compliquée ! On
ne peut introduire immédiatement sur Terre toutes les conditions des mondes
supérieurs. Notre Terre avec ses populations n’est pas encore prête à accepter
les lois et les hautes conditions des mondes supérieurs. C’est pourquoi il nous
faut tolérer les habitudes et les circonstances actuelles, tout en nous efforçant
dans le même temps de les améliorer et de les ennoblir le plus possible. Mais
pour éviter d’être complètement perdus dans ce labyrinthe de problèmes compliqués,
et parfois presque insolubles, nous devons garder en mémoire la règle suivante
qui devrait devenir pour nous un principe directeur : « Entre deux
maux, choisissons le moindre ; entre deux biens, choisissons le plus grand. »
Ainsi, notre première préoccupation
est de nous occuper des hommes, faisant passer les animaux au deuxième rang.
Je partage tout à fait vos sentiments, mais rappelez-vous que c’est graduellement,
avec l’expansion de la conscience et la purification de l’organisme, que beaucoup
d’idées seront véritablement appliquées. Je me souviens aussi avoir fait une
fois la remarque que les plantes réagissent moins aux douleurs que les poissons.
Il me fut répondu : « Ce n’est pas nécessairement ainsi, car la conscience
de certaines fleurs est plus avancée que celle de nombreux poissons et insectes. »
Après pareille déclaration, nous ne pouvons guère prétendre qu’une plante ou
un légume ne ressent pas de douleurs quand on le coupe ou le cueille. Cela est
prouvé en se fondant sur des expériences scientifiques modernes sur les plantes
menées à l’Institut du savant hindou, Jagadis Bose à Calcutta. Ces expériences
ont prouvé que la sensibilité du système nerveux des plantes est étonnante.
Il ne nous reste qu’à accepter
la grande loi qui est à la base de toute vie dans le Cosmos : la loi du
Grand Sacrifice. Oui, tout dans la Nature vit au dépend d’autre chose. Mais
avec l’élargissement de la conscience, le sacrifice devient plus ténu et plus
élevé, tout en restant un sacrifice. Ce n’est que dans les sphères supérieures
que ce don et cette renonciation sont transformés en une source de joie sublime.
Les Grands Esprits ne sacrifient-ils pas leurs forces en répandant leurs émanations
spirituelles qui nous soutiennent dans le vrai sens du terme ? Ne sacrifient-ils
pas la félicité bien méritée d’une création éternelle, immuable, dans les sphères
qui leur reviennent de droit et, à la place, restent dans les sphères terrestres
pour l’amour de l’humanité qu’ils guident dans son évolution ? À son stade
actuel, l’humanité est un atroce vampire qui draine et absorbe les forces des
Grands Esprits qui mènent la garde éternellement et les énergies de quiconque
est un peu plus avancé que la majorité dans son développement spirituel. Cela
provoque souvent de l’épuisement et parfois même une mort prématurée. Mais sans
l’apport de cette puissance spirituelle qu’envoient les plus Hauts Esprits,
l’humanité serait perdue depuis longtemps. Donc, pensons avant tout aux êtres
humains et aidons-les à ne pas s’exterminer et se tuer les uns les autres.
En les rendant meilleurs, nous améliorerons la destinée des animaux.
Soyons donc aimants et pleins
de compassion pour les animaux, mais n’en faisons pas des idoles et ne les plaçons
pas au-dessus de l’homme. Acceptons la loi du sacrifice éternel, ce tourbillon
d’échange d’énergies qui, dans la fournaise du Cosmos, transforme toutes choses
dans son effort éternel vers la perfection.
* * *
Aux vrais chercheurs sérieux,
vous pouvez dire que la Citadelle de la Grande Connaissance existe depuis la
nuit des temps et protège sans trêve l’évolution de l’humanité, observant et
dirigeant le courant des événements mondiaux vers une issue salutaire. Tous
les Grands Instructeurs sont reliés à cette Demeure et ils en font tous partie.
Les activités de cette Citadelle de Lumière et de Connaissance sont variées.
L’histoire de toutes les périodes et de tous les peuples témoigne de cette Aide.
Elle n’a jamais été déclarée ouvertement, mais elle est toujours prodiguée à
chaque pays à un moment crucial de son histoire. L’acceptation ou le refus a
été invariablement suivi soit de la prospérité ou de la ruine de ce pays.
Cette Aide, sous forme d’avertissements,
de conseils ou même d’Enseignements complets, s’est manifestée sous les aspects
les plus inattendus et les plus divers. Les avertissements marquent l’histoire
avec une lettre rouge. Avec quelques exceptions, ces mises en garde n’ont pas
été acceptées. Souvenons-nous du roi de Suède, Charles XII, qui avait reçu un
sérieux avertissement de ne pas entreprendre de guerre contre la Russie. Il
la fit quand même, et cela retarda pour longtemps le développement de son pays.
La publication du journal de la comtesse d’Adémar, qui faisait partie de la
suite de la malheureuse Marie-Antoinette, a révélé que de nombreux avertissements
avaient été donnés à la reine. Ceux-ci étaient transmis par lettre ou dans des
rencontres arrangées par cette même comtesse. Les messages soulignaient tous
que le pays, la famille royale et plusieurs amis étaient en danger, et chacun
de ces messages provenait du comte de Saint-Germain, un envoyé de la Fraternité
de l’Himalaya. Mais chacune de ces admonitions salutaires et chacun de ces conseils
furent considérés comme injurieux et de mauvaise foi – Saint-Germain fut poursuivi
et plus d’une fois risqua la Bastille. Les conséquences tragiques de ces refus
sont bien connues.
Nous pouvons aussi nous rappeler
Napoléon qui, dans les premières années de sa gloire, parlait volontiers de
son « Étoile Directrice ». Mais, obnubilé par son succès et par orgueil,
il n’accepta pas les Conseils dans leur ensemble et viola une clause importante
en envahissant la Russie. La défaite de ses armées et sa fin lamentable sont
de triste mémoire.
Nous savons aussi que Washington
était conseillé par un mystérieux professeur dont on appliqua les Conseils avec
un succès historique. Au moment de la Déclaration d’Indépendance de l’Amérique,
alors que la séparation d’avec l’Angleterre était en cours, un événement remarquable
eut lieu. Durant les débats de cette convention historique, il se produisit
un moment d’hésitation et d’incertitude. Soudain, un étranger de haute taille
se leva du milieu de l’assemblée et fit un discours enflammé qui se termina
par ces mots : « Que l’Amérique soit libre ! » L’enthousiasme
de l’assemblée était soulevé et la Déclaration d’Indépendance fut signée. Pourtant,
lorsque les délégués cherchèrent, pour la féliciter, la personne qui avait fait
pencher la balance pour la grande décision, l’étranger avait disparu. Ainsi,
au cours de toute l’histoire on retrouve la Main Tendue de la Grande Communauté
de Lumière. Aux XIIe et XIIIe siècles de l’histoire, l’Église
d’Occident était au courant de l’existence d’une mystérieuse Demeure Spirituelle
au cœur de l’Asie, dirigée par le Prêtre Jean ainsi que ce Grand Esprit s’appelait
lui-même. Ce Prêtre Jean envoyait de temps en temps aux Papes et aux autres
dignitaires de l’Église d’Occident des notes d’avertissements et des semonces.
Un fait historique rapporte qu’un des Papes envoya une ambassade vers le Prêtre
Jean en Asie Centrale. On imagine aisément le but d’une telle démarche !
Et bien entendu, après bien des malheurs et des vicissitudes, l’ambassade revint,
incapable de trouver la Grande Demeure.
Oui, l’histoire connaît un
nombre de personnes remarquables destinées à jouer un rôle important dans l’avancement
de l’évolution humaine et qui ont passé un certain temps à la Citadelle de la
Grande Connaissance. Ainsi, Paracelse passa une certaine période dans l’un des
Ashrams de la Citadelle Transhimalayenne et y acquit de grandes connaissances.
Plus tard, Paracelse écrivit plusieurs volumes, mais il devait souvent utiliser
un langage très obscur pour échapper à la persécution sauvagement dirigée en
ce temps-là contre tout esprit illuminé. Des crimes ont été perpétrés par ignorance
contre la connaissance ! Sombres sont les pages de l’histoire véritable !
N’oublions pas non plus Cagliostro, qui échappa à l’exécution grâce à l’intercession
d’un étranger mystérieux. Au moment où celui-ci apparut devant le Pape à Rome,
l’exécution fut suspendue et plus tard, Cagliostro disparut de sa prison. N’oublions
pas non plus notre H.P. Blavatsky, qui fut calomniée ignominieusement. Elle
passa trois ans dans l’un des Ashrams du Tibet et retourna dans le monde avec
une large connaissance et une assurance inébranlable en ce qui concerne les
Mahatmas. Si elle n’avait pas été l’objet de tant de méchancetés et de jalousies,
elle aurait écrit deux autres livres de La Doctrine secrète, dans lesquels
auraient été expliquées les vies des Grands Instructeurs. Mais les gens ont
préféré la tuer, et son œuvre est restée inachevée. C’est de cette façon que
l’histoire se répète et que le karma de l’humanité se construit. Travaillez
donc sur la voie que vous avez choisie et vous recevrez les bénédictions de
la Hiérarchie de Lumière. Mais je vous en conjure, continuez aussi sagement
que vous avez commencé.
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1. N.D.É. Voici
les textes mentionnés :
« Mes enfants, pour qui j’endure encore une fois,
jusqu’à ce que le Christ soit formé en vous, les douleurs de l’enfantement. »
(Épître aux Galates 4 : 19).
« Ne savez-vous pas que vous êtes le temple de Dieu
et que l’Esprit de Dieu habite en vous ? » (Première Épître aux Corinthiens
3 : 16).
« […] Demeurez en moi, et moi je demeurerai en vous.
Comme le sarment ne peut donner de fruit par lui-même, s’il ne demeure pas sur
la vigne, ainsi vous non plus, si vous ne demeurez pas en moi. » (Jean
15 : 4).
« […] On ne dira pas non plus : "Le voici !"
ou : "Le voilà !" car déjà le royaume de Dieu est en vous. »
(Luc 17 : 21).
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