En début de séance, notre sœur So. a lu sa planche
intitulée : "Décidément, je ne pourrai pas être aimée de tout le monde".
So. se sait aimée de certains mais se demande, inquiète, si les autres
l'aiment. Elle s'investit souvent dans un jeu de séduction pour se sentir
aimée. Cette recherche insatiable lui fait perdre beaucoup de temps.
Dans ses relations amicales, elle joue le rôle de la
petite sœur attendrissante, amusante, de la confidente sûre, puis fuit la
relation, montre une certaine inconstance. Dans ses relations amoureuses,
elle cherche à être rassurée par la promesse d'être aimée éperdument pour la
vie. Dans son milieu familial, elle est passée d'une enfant calme et
silencieuse à une adolescente rebelle, agressive et provocante face à des
parents désemparés. Le départ de son frère à l'âge de 15 ans pour la vie de
marin l'a faite baigner dans une ambiance triste et sans vie, un silence
déroutant, pendant des années. Elle attendait désespérément que ses parents
lui disent qu'ils l'aimaient.
Aujourd'hui, elle repousse parfois ceux qui l'aiment
comme si ce n'était pas d'eux qu'elle souhaitait être aimée. Elle
s'interroge : étant enfant, qu'a-t-elle donc fait pour ne pas avoir été
aimée ? La culpabilité d'une faute qu'elle n'a peut être même pas commise
l'habite ainsi au moindre faux pas.
Aujourd'hui, elle aimerait savoir aimer, aimer sans
attente affective. S'accepter et se pardonner est la voie de la libération
pour So. Dans le groupe, elle a pu développer une constance et une fidélité
qui lui donnent envie de croire en la vie et de l'aimer.
Il y a un amour qui s’exprime par la fidélité.
Puissions-nous demeurer fidèles sur le sentier vers Celui dont rien ne peut
être dit. En effet, si nous disons aimer Dieu, il nous faut aimer ceux qui
nous entourent et ne pas nous en séparer au moindre obstacle. Bien sûr, il y
a une différence entre quitter l’autre et être quitté par lui mais dans tous
les cas, il y a une croix à porter : la croix du disciple.
Nous ne pouvons pas nous délester d’une croix parce
qu'elle nous pèse trop ou bien en choisir une à notre convenance. Comment
pourrait-on définir notre propre croix nous-mêmes ? Quelle croix
souhaiterions-nous porter ? La croix de la rédemption, celle du karma, celle
des autres ? La Miséricorde est associée à la possibilité de porter la croix
des autres ce qui ne peut se faire qu'après avoir porté sa propre croix. Il
est alors possible de prendre en charge la souffrance des autres et
peut-être même de supprimer leur karma. La suppression du karma doit se
faire avec la plus grande sagesse car si la leçon de vie n'a pas été
apprise, il n’est pas judicieux de le faire. Bien souvent, la souffrance
liée à l’interprétation de la situation rajoute du karma. C'est le regard
que l'on porte sur la situation qui peut être modifié afin de mieux accepter
le karma et donc de s'en libérer.
Beaucoup d'êtres ont souffert de manque affectif : leur
père, leur mère ont défailli par leur absence, ou bien par une présence
inadaptée. La présence que l'on peut attendre d'un véritable éducateur est
celle qui permet de connaître en temps réel les états mentaux, émotionnels
de son enfant.
Aujourd'hui, So. pense avoir besoin d’aimer les autres
plus que d’être aimée. Depuis plus d’un an, elle a reçu beaucoup d’amour
dans ce groupe ; cela lui a donné de la joie et plus de facilité pour
avancer et aimer à son tour.
Avant de lire sa planche, notre sœur Ir. s’est excusée
d’être dans l’émotion. Les excuses ne sont pas nécessaires, ni même
souhaitables. Des émotions, des larmes seraient-elles insupportables pour
ses frères et sœurs de groupe qui se sont engagés à fouler le même chemin
qu'elle, à partager ses joies et ses souffrances ?
Notre sœur peut parfois ressentir des scrupules,
s'attacher à la lettre et non à l'esprit car elle a encore une conscience de
petite fille qui projette l'existence d'un "père fouettard" autour d'elle.
Notre sœur Ir. a donc lu sa planche : "Je tremble".
Il y a un mois, le groupe a relu les statuts de l'association GIROLLE dans
lesquels il est précisé que le conseil d'administration devait donner son
accord à toute personne désirant être membre. Une émotion l'a envahie
lorsqu'il a été demandé au conseil s'il donnait son accord pour qu'elle
fasse partie de l'association. Le Frère Instructeur a dit à Ir. de ne pas
avoir peur et elle a répondu en souriant "je tremble". Elle a compris sur
l'instant qu'il s'agissait d'une expression de sa personnalité qui cherchait
à masquer ses mécanismes. Son sourire traduisait une défense, une
provocation sur un ton ironique. Son attitude était hypocrite. Il lui est
apparu qu'elle avait participé au mal que provoque la somme des hypocrisies
accumulées dans l’humanité. La douceur avec laquelle le Frère Instructeur
lui avait répondu lui a permis de se pardonner avant même d’avoir commencé à
s'accuser.
Cet épisode l'a renvoyée à une attitude de son enfance
où elle souriait pour cacher son malaise pour ne pas faire de peine aux
autres. Le départ de son père a été recouvert par un mensonge. Elle s'est,
elle-même, mise à mentir pour recouvrir son chagrin. Peu après, le décès de
son grand-père a été recouvert par un nouveau mensonge jusqu’à ce qu'elle
réalise vers 8 ans qu’il ne reviendrait plus. Ainsi, elle n’a pas appris à
recevoir la vérité quand elle est porteuse de douleur. Enchaînée à ce
schéma, elle a très souvent manqué de courage dans ses relations affectives.
Pourquoi s'est-elle dissimulée dans le groupe en disant
"je tremble" sur un ton ironique ? Elle a sans doute eu peur de l’exclusion
et a probablement manqué de confiance en l’amour du groupe. Elle comprend
que l'hypocrisie est incompatible avec les convictions élevées et avec la
connaissance et qu'elle peut se libérer par plus d'authenticité et de
transparence.
Ir. a eu la sensation de faire une planche inachevée.
Alors qu'elle avait déjà envoyé son texte écrit, d’autres délivrances sont
advenues, notamment, le fait qu’elle visualise maintenant le lien entre le
travail énergétique du groupe et les relations qui peuvent exister entre les
différents centres.
De nombreux frères et sœurs ont été interpellés par les
planches de So. et Ir.
Sy. avait des parents physiquement présents mais qui ne
lui témoignaient aucune affection. Cela la renvoie à sa propre relation avec
son fils qu’elle aime mais qu'elle tyrannise par moments. Elle exprime son
malaise face à la situation de son fils par un harcèlement permanent. En
réaction, son fils se renferme encore davantage et cela lui fait peur.
Parfois, il n’y a guère qu’un paroxysme, un événement
révélateur, qui permette de dépasser une situation critique. De quoi Sy.
a-t-elle peur ? de se désavouer ? de perdre l’autre ? Pourquoi avoir peur
qu’il fasse comme elle un chemin chaotique ? Béni soit ce chemin qui l'a
menée jusqu'à une démarche spirituelle.
Soyons sûrs que la main du karma a été lourde pour
chacun et qu’elle le sera encore sans doute. Si nous voulons boire la coupe
du karma jusqu’à la lie afin de s'en libérer, il faut accepter le chemin.
Peu importe par où nous sommes passés, l’essentiel est l’orientation
spirituelle qui est la nôtre aujourd’hui.
Lorsque notre vision est étroite, ce qui nous arrive
est dramatique. Si nous élargissons notre conscience, notre compréhension
s’élargit également.
Nos enfants nous confrontent de manière aiguë à nos
propres limitations. Si nous étions des disciples, nous pourrions accueillir
tous les enfants et les accompagner au mieux, y compris en leur permettant
de vivre des paroxysmes. Sy. ne met pas en place avec son fils la juste
distance qui lui permettrait de le voir comme une âme en chemin et
l’interprétation qu'elle fait de la situation augmente sa souffrance.
Sy. a travaillé récemment sur le concept de justice.
Est-il "juste" qu'elle ait eu ce fils ?
Nous devons être vigilants à ce que nous disons. Si
nous interpellons notre âme, que lui disons-nous ? "Ce que je vis n’est pas
juste" ? Dans la réponse du moment, chacun a la possibilité d’alourdir ou
d’alléger son fardeau en fonction du regard qu'il pose sur la situation.
En qualifiant la situation, nous y rajoutons
l’impuissance, la frustration, la culpabilité, l’incompréhension, la
tristesse, le refus, la révolte, les envies suicidaires, l’apitoiement, le
doute, le désarroi, la peur, la colère…
Ce mélange émotionnel s'ajoute à notre karma et retarde
notre libération. Ce mécanisme pourrait s'illustrer de la manière suivante :
si un pneu de notre véhicule crève sur la route et qu'on se met en colère,
que l'on donne un coup de pied dans la roue, on peut se casser le tibia. Si,
dans notre rage, nous avons laissé la portière ouverte, une voiture peut
passer et l'arracher… C’est la spirale qui découle de la non-acceptation
sereine de la situation.
Dans les films de Charlot, on observe cette
amplification des processus chaotiques. Lorsque nous sommes confrontés au
karma, sourions, restons calmes. Si nous sommes sur la croix, disons, comme
le Christ : "Mon Dieu, pardonnez-leur, ils ne savent pas ce qu’il font".
Notre sœur Ma. est confrontée à l'éventualité d'une
séparation car son compagnon envisage de la quitter. Ma. se débat avec
elle-même pour savoir ce qu'elle doit faire. C'est comme si elle n’avait pas
déjà délibéré pendant toutes les années passées auprès de lui. Elle préfère
garder des miettes affectives que de ne rien avoir. Cette situation la
renvoie au vide, à la peur du manque. Elle a parfois l'impression qu'elle
est en train de mourir.
En effet, lorsque nous sommes abandonnés, il y a
quelque chose qui meurt en nous. Lorsque "le vieil homme" en nous meurt,
plus rien ne peut mourir et toutes les âmes de ceux qui nous ont quitté
peuvent être retrouvées à un autre niveau. Aimons profondément ceux qui nous
quittent, cela nous permet de transformer la relation et de la positionner à
un niveau plus élevé.
La fidélité vis-à-vis de ceux avec qui nous sommes en
relation se situe à différents niveaux ; elle n’est pas que sexuelle. Si
nous trouvons que la fidélité est belle, c’est que cela fait écho à des lois
profondément inscrites en nous. On ne peut aider le pêcheur qu’en l’aimant,
qu'en se positionnant à son niveau de compréhension car il ne supporterait
pas des rigueurs au-dessus de son entendement.
La philosophie du compagnon de Ma. Peut se résumer
ainsi : "ni avec toi, ni sans toi". Depuis le début, on pouvait penser que
cette relation était vouée à l’échec car l’affectif ne peut transformer un
être qui ne veut pas s’engager.
Du point de vue de la Hiérarchie, nous sommes encore
peu fiables, inconstants, incapables de tenir quelques années une promesse,
un engagement. Observons notre quotidien : nous laissons-nous aller à
l’horizontalité ? Méditons-nous tous les jours ?
Si nous demandons à l'autre de la Miséricorde, nous lui
demandons en réalité de porter notre croix. C'est ce que fait en permanence
l'humanité vis-à-vis de la Hiérarchie.
Notre sœur Mo. se demande comment faire la différence
entre porter la croix de quelqu’un et faire les choses à sa place. Porter la
croix de quelqu'un doit lui permette un apprentissage qu'un fardeau trop
lourd pourrait compromettre. C’est comme s'il fallait laisser à l’autre
l'opportunité de mieux comprendre ce qui lui arrive afin qu’il puisse
continuer à porter sa propre croix.
Parfois, on cherche à aider quelqu'un mais on rencontre
des obstacles de manière réitérée. Il faut alors se demander s'il est
vraiment judicieux de l'aider à porter sa croix. Un maître ne nous dira pas
s'il porte notre croix car c'est dans le secret de son cœur que la
délibération se fait.
Dans l’Agni Yoga, il est dit que si on essaie d’aider
quelqu’un, même intellectuellement, et que celui-ci ne comprend pas, c’est
qu’il y a certainement un karma qui empêche momentanément l'expansion de
conscience. Sur le sentier, il s'agit de développer une sagesse et non de
développer un bagage universitaire. Face à des paroles de sagesse, un
intellect hyper-développé peut argumenter en sens contraire, ne pas
percevoir la logique du raisonnement ou bien son propre illogisme.
L’invitation au changement suscite des résistances si
la proposition se situe au-dessus du niveau de compréhension de l’autre, si
sa vision est limitée. Les maîtres acceptent cette sorte de dialogue qui
suscite à leur encontre accusation, mauvaise foi, indignation… C’est
l'illustration de la loi de la Hiérarchie : celui qui est au niveau 1 ne
comprend pas celui qui est au niveau 2, etc…
Enseigner l’ésotérisme, c’est comme enseigner les
mathématiques. Progressivement, les mathématiques feront partie de la
compréhension de l’univers, de manière incontournable. Toutes les lois
doivent être enseignées avec proximité : pleurer avec celui qui souffre,
sourire avec celui qui découvre la joie.
On peut penser que si l'on a suffisamment travaillé
dans cette vie, la vie prochaine sera caractérisée par des relations tissées
par affinité. On peut envisager que des familles pourront vivre dans
l'avenir en tant que groupe de disciples. Si nous avons éliminé tous les
sentiments qui nous coupent des autres, notre vie prochaine sera meilleure.
Si nous descendons avec la coupe du karma dans les mains, déterminés à la
boire jusqu'à la lie, la compréhension sera tellement forte que quel que
soit notre handicap nous l’accepterons et nous le vivrons à un stade plus
élevé.
Nous ne connaissons pas nos vies passées donc nous ne
savons pas ce que nous devons encore vivre, quel karma nous devons encore
liquider.
Notre sœur Co. a été invitée à réfléchir avec le groupe
sur le thème de "la forêt des errances". Pour Co., cette notion
évoque la recherche, les arbres étant les indices du but qu’elle cherche à
atteindre.
Décrire la forêt des errances revient à décrire le
voyage de l’humanité dans tous ses états. Que représentent les arbres ? Les
concepts, les apprentissages, les lois, les événements, les expériences, les
relations…
La forêt est plus symbolique de l’errance que le
labyrinthe. Celui qui est dans un labyrinthe sait ou espère qu’une sortie
existe et la recherche. Pour la plupart des hommes, la vie ressemble plus à
une errance qu’à un chemin, il n’y a ni départ, ni arrivée. Certains prient,
pratiquent une religion, sans être totalement persuadés. Quand ils
deviennent vieux, .les hommes ont l’impression d’avoir tout vu et qu’il n’y
a plus rien à apprendre.
Ce qui peut paraître mystérieux, c’est le fait que les
hommes restent cantonnés dans un endroit de la forêt et n'aillent pas plus
loin. Le propre de l’homme moyen, c’est de ne pas aller au-delà d’un certain
cercle. Il en reste à des certitudes, à ce qu’il connaît. Il développe au
sujet des régions inconnues des rumeurs au sujet d'éventuels dangers, des
superstitions ou des légendes. Ainsi, il est fortement dissuadé de
s'aventurer dans ces régions.
Les églises elles-mêmes dissuadent de s’aventurer dans
certaines voies. Le livre de la Genèse illustre le fait qu'il y a les arbres
connus et les arbres inconnus desquels il ne faut pas s'approcher. Il est
possible que l’aventure d’Adam et Eve (le fait d'avoir goûté au fruit de
l'arbre défendu) ne soit pas une faute, mais la fin de leur errance.
Cependant, certains osent aller au-delà du cercle
connu, outrepassant la peur de l'inconnu, les avertissements et les
critiques de l'homme moyen qui se rassure en se rangeant à l'avis du grand
nombre. C'est ce qu'illustre l'histoire de Jonathan le goéland qui est
banni, "excommunié"du clan par les anciens car il vit des expériences hors
de la norme. Malgré cela, il ne renonce pas à sa quête.
Celui qui part explorer la forêt trouve des arbres
différents. Peut-être est-il plus heureux qu'auparavant, peut-être
souhaite-il faire partager ses découvertes à ceux qu'il a quittés. Mais,
lorsqu'il essaie, il se fait rejeter par la plupart. On le traite de
"sorcier", on le "met au bûcher". Il apprend alors le précepte "savoir et se
taire". Aimant toujours ses semblables, il parlera mais seulement à ceux qui
cherchent.
A mesure qu'il continue à explorer, les arbres sont
encore différents. Les arbres sont-ils des indices ou des incitations à
aller plus loin ? Est-ce la nature des arbres qui fait avancer ? Le disciple
quitte des arbres connus pour des arbres inconnus (expériences, événements,
relations…).
Le disciple est convaincu qu'il y a quelque chose à
trouver. Non seulement, il voit des arbres différents mais en plus il a une
aspiration. Est-ce que cela permet d'avoir une trajectoire idéale ? Pas
nécessairement au début car l'aspirant a une certaine pesanteur, il oscille
entre les piliers d'opposition. Ce n'est qu'à un certain stade qu'il lui est
possible de prendre le chemin le plus court.
Après chaque passage initiatique, il peut y avoir la
tendance à s'installer dans un nouvel état ou l'apparition de résistances
d'un type nouveau.
Par exemple, l'aspirant peut être amoureux des concepts
et ainsi s'enfermer dans une prison et être dans l'incapacité d'envisager de
nouvelles choses. Il peut traverser une phase artistique durant laquelle
l'émotion suscitée par la beauté est un piège. La beauté doit seulement
révéler la Vérité, ce n'est qu'un panneau indicateur. On se trompe lorsque
l'on souhaite la posséder.
Le tort est de s'attacher à des objets qui reflètent la
lumière plus qu'à la lumière elle-même. C'est ainsi que l'on peut
s'enchaîner sur le plan astral au lieu de s'élever vers l'âme.
Il faut aller vers une lumière différente de celle qui
se reflète. Dans, la formule "Soleil – Noir – Antahkarana", le noir fait
référence à la plus grande lumière que nous cherchons, c'est-à-dire la plus
petite étincelle à chercher dans le noir. Puis cette étincelle devient
éblouissante jusqu'à ce que la lumière disparaisse à nouveau. Les périodes
de lumière et d'obscurité se succèdent, correspondant à la progression
initiatique. Une initiation peut être comparée à une élévation sur un pic
permettant de mieux percevoir la lumière radieuse. C'est ainsi que l'on
parle des cinq pics des initiations.
Le sentier de gauche est emprunté par ceux qui
préfèrent le pouvoir à l'amour. La réponse de l'univers peut plonger ces
individus davantage dans l'illusion, car moins ils aiment et moins ils se
sentent aimés. Ils croient pouvoir être estimés grâce à leurs pouvoirs.
L'ésotérisme expose à ce danger car il donne la
connaissance des lois permettant le développement de pouvoirs sans pour
autant que l'amour ait été préalablement développé. Il est compréhensible
que l'Eglise prévienne des risques liés à l'ésotérisme. Les Saints ne
pêchent pas dans ce sens là.
Les plus grands pouvoirs espérés sont l'Amour, la
Patience, la Compréhension, l'Humilité, plutôt que des pouvoirs sur la
matière. Le piège des pouvoirs, c'est qu'ils nous permettent de nous faire
valoir aux yeux d'autrui. Même le pouvoir de guérir, qui n'a rien de négatif
a priori, est redoutable car il peut faire de soi une vedette. Tous les
pouvoirs tels que la clairvoyance ou la clairaudience ne sont pas
souhaitables car ils nous enferment dans le plan astral.
Ceux qui ont développé de tels pouvoirs doivent tôt ou
tard mettre l'accent sur l'intellect quitte à passer par une phase
d'athéisme. Les mediums refusent en général de renoncer à leurs facultés et
de devenir plus rationnels, car cela représente un double effort. Il serait
souhaitable d'étudier les mathématiques et les sciences physiques lorsqu'on
étudie l'ésotérisme. Il s'agit de développer une conscience élargie, de
devenir synthétique et non plus un spécialiste.
Lors de notre cheminement, comment savoir si nous
n'allons pas en arrière, si nous n'allons pas chercher des concepts
appartenant au passé, c'est-à-dire déjà assimilés. Comment savoir si notre
démarche est rectiligne ?
Le Frère Instructeur évite de dire à un individu qu'il
fait des zigzags car cela peut susciter des résistances. L'individu, s'il a
"durement" été remis en questions plusieurs fois, peut douter du Frère
Instructeur. Celui-ci s'efforce de baliser le chemin autant qu'il le peut.
N'étant pas pleinement convaincu par un instructeur, un
frère peut changer de groupe. C'est comme s'il pénétrait dans une autre
forêt. Ce phénomène s'accentue avec la modernité, du fait de la multiplicité
des livres disponibles et des enseignements accessibles sur internet. Ainsi,
toutes les errances sont possibles.
Il arrive aussi qu'un disciple, écœuré du groupe, le
quitte sans en chercher un autre.
Cheminer en groupe requiert une discipline émotionnelle
et mentale, afin de conserver la cohérence du groupe. La difficulté tient au
fait que les "mentals" de chacun sont de véritables labyrinthes.
Est-ce que l'on tire un bénéfice à cheminer en groupe ?
Certains pensent peut-être ne pas être entravé et aller plus vite en étant
seul. Il est difficile de rester dans un groupe pour ceux qui cherchent des
pouvoirs, car ils ont le désir d'expérimenter des choses seul. L'ésotérisme
n'est pas de la spiritualité si l'acquisition des connaissances ne
s'accompagne pas du nécessaire dépouillement pour aller vers l'âme.
Ainsi donc, comment savoir si notre trajectoire est
rectiligne, économique ?
Il n'existe pas de boussole intérieure qui permettrait
de garder le cap de manière fiable. En effet, on peut très bien se mentir à
soi-même car le mental a une propension à faire des boucles.
L'allègement du karma n'est pas non plus un critère
systématique.
Est-ce que se projeter de manière scientifique dans
l'avenir, en faisant des hypothèses, des dichotomies, est un moyen de garder
le cap ? C'est une bonne démarche, mais cela est difficile lorsque les
désirs, comme la sexualité, sont impérieux et prennent le pas sur la raison.
Certains s'incarnent avec la conviction que la sexualité est accessoire.
Ainsi, ils ne rencontrent des personnes que par affinité et non par désir.
Ils ne rassemblent autour d'eux que des personnes motivées.
Qu'est-ce que l'errance évoque pour Co. ?
Co. fait la relation avec le baptême qu'elle a demandé.
Co. n'a pas l'impression de "changer de forêt", de remettre en cause sa
démarche dans le groupe. Pourtant, d'autres frères et sœurs, qui ne sont
plus là, ont déjà dit cela…
Comment savoir que la démarche de quelqu'un est
verticale ?
Si c'est le cas, on observera les différentes qualités
suivantes dans son quotidien : constance, fidélité, engagement, présence,
service, convergence, discipline, calme, détachement, relativisation de
l'activité professionnelle, oubli de soi, dévouement.
Est-ce que nous ne vivons pas une errance mentale, qui
nous fait perdre du temps ?
Lorsque nous lisons divers livres, de tel ou tel
Maître, faisons-nous en permanence la synthèse ou restons-nous dans une
perplexité mentale ? Ceux qui ne font pas la synthèse ont une architecture
émotionnelle et mentale horizontale et non verticale, c'est-à-dire non
hiérarchisée. Ils ne peuvent pas appréhender les lois.
Certains ont un mental "araignée" qui tisse une toile
dans toutes les directions. Ils courent le risque de se laisser entraîner
d'une idée à une autre sur un plan horizontal et de dévier.
Notre frère Fa., qui a quitté le groupe, avait tendance
à élargir sa toile par opportunité. Le Frère Instructeur l'a souvent mis en
garde, notamment par rapport à l'activité de coaching en entreprise qui peut
être considérée comme déviante, car bien que proche du domaine
psychologique, a un aspect commercial. Dans quelle mesure est-il possible de
la faire cohabiter avec une démarche spirituelle ?
Notre sœur Co. pense avoir pris l'habitude, chaque fois
qu'elle a entrepris une activité ou une démarche (demande du baptême, études
de psychologie) non liée directement au groupe, d'essayer de ramener les
nouveaux concepts à ce qu'elle connaît déjà.
Co. est interpellée sur la notion de fidélité. Peut-on
justifier toutes les explorations parallèles sous prétexte que l'on
s'efforce de faire la synthèse ? Qu'est-ce qui distingue les démarches
entreprises par Co. de la rencontre sexuelle ou sentimentale d'autres hommes
que son époux ?
Aucune de nos différentes sphères (sexuelle,
émotionnelle et mentale) n'est stable tant qu'elle n'est pas alignée avec
l'âme. Nous avons beau nous efforcer de faire la synthèse chaque fois que
nous faisons un mouvement, qu'est-ce qui nous a poussé à faire ce
mouvement ?
Il n'y a pas une chronologie définie dans la maîtrise
des différentes sphères (sexuelle, émotionnelle et mentale). Le processus se
poursuit en parallèle. La sphère sexuelle ne peut être définitivement
maîtrisée tant que la stabilité émotionnelle et mentale n'est pas atteinte.
Les prières et méditations permettent un jour d'avoir la grâce qui met un
terme définitif à l'activité sexuelle non maîtrisée. Lors de la toute
première initiation, une certaine maîtrise des appétits physiques existe
mais des fantasmes (d'ordre émotionnel) et l'activité mentale alimentent
encore la sexualité et le désir de sensation. Au fur et à mesure de nos
incarnations, la maîtrise est possible de plus en plus jeune.
Il n'y a rien de grave dans l'activité sexuelle, mais
celle-ci finit par entraîner des attachements et des engagements qui
eux-mêmes maintiennent cette activité sexuelle. Il y a donc une boucle de
laquelle il est difficile de sortir. On peut aussi observer de plus en plus
la tendance à invoquer une certaine liberté qui permet de tout faire sans
aucun scrupule.
La chasteté n'a aucun sens, si on est athée. Un athée
ne peut avoir qu'une discipline sociale, c'est-à-dire en relation avec une
société. Seul celui qui a la foi en Dieu peut mettre en place des
disciplines verticales.
Cette étude de la forêt des errances est la description
du chemin hypothétique d'un aspirant ou d'un disciple.
Notre sœur Co. est incitée à observer comment s'établit
sa trajectoire. Depuis un point, naissent, comme lors d'une explosion, de
multiples rayonnements qui mènent à d'autres points, et ainsi de suite.
Cette caractéristique est typique du rayon 3. Ce processus de rayonnement
est en général horizontal. Permet-il une ascension ?
La question fondamentale, indépendamment de ce que nous
faisons, est de construire l'antahkarana, ce pont qui relie la personnalité
à l'esprit, la monade. Mais, lorsque nous le construisons ou que nous
l'avons construit, fait-on vraiment tout ce que l'on veut ? Celui qui est
vraiment libre ne fait pas n'importe quoi mais continue à progresser
verticalement là où il se trouve.
Que va donc faire Co. au sein de l'Eglise ? Elle
souhaite accompagner ses enfants quelques années seulement.
Si les prêtres posaient plus de questions, y aurait-il
autant de baptêmes et de mariages ? Après avoir été "inquisiteurs" dans un
lointain passé, les prêtres sont devenus "gentils"…
La fidélité et la droiture doivent exister à tous les
niveaux. Elles sont subordonnées à la verticalité.
Nous sommes incités à choisir un groupe de référence.
Il ne sert à rien de fréquenter plusieurs groupes en même temps. Peut-on
compter sur un individu qui fréquente plusieurs groupes ?
Il n'est pas nécessaire que les groupes fusionnent ou
que les personnalités de différents groupes se côtoient. Les groupes peuvent
en revanche chercher à unir leurs énergies (au niveau de l'âme) par la
méditation.
La remise en cause de Co. l'a conduite à reconsidérer
la manière d'appréhender la cérémonie du baptême qu'elle a souhaité vivre
non pas à côté du groupe mais avec le groupe.
L'inclusivité doit nous amener à construire un arbre,
les racines en l'air et les fleurs en bas.