En début de séance, le groupe a abordé le travail sur les
mécanismes sous-jacents aux "qualités" et "défauts" de la personnalité,
commencé lors de la précédente rencontre. Certains frères et sœurs n’ont pas
préparé cette étude conformément à ce qui avait été demandé. Il apparaît que
la passivité, la paresse, l’inconscience sont toujours à la source des
obstacles qui ralentissent la progression sur le sentier. Il a été demandé à
notre sœur Sy., qui avait préparé un texte poétique et confus, de se
recentrer dans une observation plus rationnelle et technique.
Le travail de notre frère Ol. a servi de base à la
réflexion sur les causes véritables des caractéristiques de notre
personnalité.

Les traits pleins représentent des relations de cause à
effet et les traits en pointillés, les dualités, tiraillements qui résultent
de la cohabitation au sein de la personnalité de motivations antagonistes.
La représentation du développement des qualités
apparentes de la personnalité évoque un arbre dont les racines plongent vers
le "bas", dans l’instinct, et nous rattachent à des comportements animaux
comme la curiosité (besoin de connaître par l’odorat, le toucher),
l’ingérence (pénétration dans le territoire de l’autre), la sexualité (désir
de connaître ce qui nous complète, d'unifier, de fusionner une bi-polarité
yin/yang, +/-, masculin/féminin…). L’animal connaît une dualité primaire
entre le désir de connaître et la peur de s’approcher de l’inconnu.
Il existe de même un "arbre renversé" des véritables
qualités, celles de l'âme, dont les racines viennent du "haut".
Le jour où l’on est en mesure de canaliser l’instinct
sexuel, de délibérer sur le fait de ne pas y succomber, on a maîtrisé "le
plus bas". Dans l’histoire de l’humanité, les comportements primaires
d’assouvissement immédiat du désir sexuel ont cédé la place, par le
développement de la culture, à des comportements plus secondaires mais
sous-tendus par le même instinct. Les personnalités ont ainsi développé des
"qualités" (raffinement, délicatesse…) recouvrant l’instinct. Certaines
caractéristiques comme la force physique chez le mâle, ou la beauté chez la
femelle ont été développées dans un premier temps ; les facultés les plus
évoluées comme l'intelligence, la sensibilité… ne se sont développées que
bien après.
Les motivations inconscientes de la personnalité sont
révélées par l’analyse qui doit s’accompagner d’une grande vigilance face
aux "reprogrammations erronées". En effet, il ne s’agit pas d’aboutir à des
raisonnements du type : "j’ai compris que j’étais gentil pour me faire
aimer ; désormais, puisque je me fiche d’être aimé, je ne serai plus gentil
du tout".
Notre frère Ol. a exposé l’analyse qui lui a servi de
support à la réalisation de son "arbre" (voir schéma ci-dessus) : le désir
d’être tranquille induit en lui des comportements de fuite face aux
difficultés et un désir de protection face aux agressions éventuelles
d’autrui. Cela induit chez lui d’une part, une réponse positive à toutes les
sollicitations et, d’autre part, le désir de se faire aimer. De tout cela,
résultent des qualités apparentes de gentillesse et d’adaptabilité, pourtant
sous-tendues par un désir égoïste de tranquillité.
De même, les qualités apparentes de persévérance,
perfectionnisme, endurance, combativité et vivacité intellectuelle de notre
frère seraient le fruit de sa volonté de ne pas paraître faible aux yeux des
autres, d’être le meilleur pour éliminer ses "concurrents".
Dans le descriptif de ces mécanismes, on retrouve des
comportements de type "animal" ou de type "sexuel" : être protégé ou bien
être le plus fort, éliminer ses concurrents en développant des qualités
spécifiques au milieu… On remarque également que les dualités existantes
nécessitent des attitudes réparatrices (gentillesse pour compenser les
attitudes de compétition par exemple). Chacun peut se poser la question
suivante : "qu’est-ce qui permet de réguler les mécanismes de ma
personnalité : la dualité ou la sagesse ?"
Dans le processus de l'analyse, on essaie de trouver
les "causes" mais peut-on tout voir avec le mental ? Si l’on ne voit qu’une
partie des causes ou bien si on ne voit pas la vraie cause, on ne peut
opérer une véritable transformation en soi.
Notre sœur My. a été interpellée par rapport à une
relation de "copinage" maintenue avec notre sœur Ir. à l’extérieur du
groupe. Pourquoi établit-on des relations ? Qu’est-ce qui les sous-tend ?
Sait-on analyser leurs enjeux ? Peut-on remettre en question en permanence
la nature des relations qui nous lient aux autres ?
Si nous disposions d'une "grille" de critères nous
permettant de repérer des raisons valables de fréquenter telle ou telle
personne, nous serions rassurés. Or, nous ne pouvons pas décider une fois
pour toutes comment nous comporter vis-à-vis d’une personne donnée. Il
s’agit de respecter la dynamique relationnelle et la mouvance inhérente à la
relation humaine. La dualité horizontale nous paralyse. Allons donc vers la
synthèse qui nous permet de nous orienter vers un minimum de conflit et de
souffrance morale et physique.
Pour notre sœur Mo., le désir de se faire aimer, qui
est prépondérant, la pousse à accepter tout ce qu’on lui demande, même si
cela implique d’autres personnes. Le Lion, signe dont elle est native, dit
"oui" par orgueil car le "non" résonne en lui comme une incapacité. Tout
donner pour se faire aimer peut mener vers un extrême dont le Lion ne se
doute pas car il a du mal à percevoir la dualité. La loi du juste milieu
doit être inscrite dans la conscience et c’est cela qui permet aux actes
posés de s’inscrire dans une dynamique élévatrice : il ne s’agit plus de
faire plaisir à l’autre mais de lui apporter la juste réponse. Parvenir au
juste milieu est un art, pas une méthode !
La dualité gère les grandes lois de notre société. En
observant le fonctionnement des prisons de notre époque, nous comprenons
qu'elles correspondent à une caricature de notre inconscient. Lorsque
l'humanité se rapprochera de la troisième initiation, les lois changeront.
Les peines et les sanctions seront différentes car tous les hommes seront
des disciples capables d'appréhender les concepts et de changer les choses.
Il subsiste cependant une autre dualité : celle du conflit âme-personnalité.
A un moment donné sur l'échelle de notre évolution, la
dualité âme-personnalité va s'exprimer fortement, tantôt du côté de notre
personnalité, tantôt du côté de notre âme.
Comment nous comportons-nous dans le monde profane ?
Essayons-nous à tout prix de dire aux autres nos vérités ou savons-nous déjà
nous taire et continuer à observer ?
Tant que notre personnalité n'est pas suffisamment
alignée, il n'est pas souhaitable de rechercher un afflux d'énergie de l'âme
car ces énergies serviraient à l'excès nos véhicules inférieurs. L'âme peut
arrêter l'écoulement des énergies dans une personnalité trop grossière qui
ne se remet pas en question. Notre degré d'évolution peut s'évaluer en
fonction des énergies qui circulent dans nos centres. Cependant, quels types
d'énergies ressentons-nous ? Momentanément, pour avancer, il est souhaitable
de ne plus ressentir d'énergies. Cet état correspond au dépouillement que
doit vivre notre personnalité.
Ce travail sur "l'arbre" est une opportunité pour
objectiver et clarifier les motifs de nos actes. Quels types de dualités
vivons-nous tous les jours ? Sommes-nous conscients ou bien nous
cachons-nous encore les véritables causes ?
Par exemple, notre frère Ph. peut alterner entre l'idée
de s'éloigner de sa famille pour échapper au sentiment qu'il a parfois de ne
pas être un bon père, aimé des siens, et le devoir d'assumer son rôle de
père et de disciple. Notre frère J.D., qui n'a pas dépassé la sexualité,
peut envisager la possibilité de quitter sa compagne, avec qui il n'a plus
vraiment d'affinités sur le plan spirituel, mais il ne pourrait pas assumer
la solitude.
Si nous regardons nos dualités dans le détail, nous
commençons à voir en nous de la noirceur et de la laideur. Il en est de même
si nous observons en profondeur ceux qui nous entourent. Comment
pouvons-nous vivre auprès d'eux ? L'Amour et la Sagesse nous permettent de
rester à leurs côtés.
Cette laideur vient du fait que notre inconscient est
capable d'envisager certaines solutions sans aucun scrupule. Ceux qui n'ont
pas suffisamment d'inhibitions passent à l'acte, commettant alors les pires
crimes que connaît notre société. Il est nécessaire de travailler
profondément notre inconscient pour en extraire toute grossièreté.
Y aurait-il un juste milieu sans conception moraliste ?
Il ne peut y avoir de juste milieu durable sans perfectionnement de soi,
sans référence à la sagesse de l'âme ou de la Monade. Le perfectionnement de
soi conduit à une organisation supérieure qui supprime la dualité et les
conflits. La connaissance de soi permet de ne pas laisser descendre trop bas
les énergies. Recherchons dans toutes les expressions de la vie les réponses
qui viennent d'en haut, car elles font référence à une véritable
connaissance, une délibération reposant sur le juste milieu. La première
formule, donnée par le Maître D.K., évoque précisément un "arbre renversé
dont les racines sont en l'air" et différents yeux qui se tiennent toujours
dans une position médiane.
Nos "prétendues" qualités se manifestent de façon
automatique dans des circonstances particulières sans que nous en ayons
vraiment conscience. Ceux sont en fait des caractéristiques non maîtrisées
de notre nature.
Notre sœur Si., dans sa difficulté à gérer le temps,
illustre le basculement inconscient de notre personnalité d'un état à
l'autre. La concentration excessive de notre attention sur un phénomène
quelconque nous fait momentanément oublier tout le reste et transforme
pendant un instant un mini événement en un univers, entraînant du même coup
une distorsion de la perception du temps.
Notre sœur Cl. pense qu'elle pourrait trouver la
tranquillité si le futur lui était révélé. Cependant, n'importe quelle
vision d'une scène du futur peut-elle être complètement rassurante ?
Qu'est-ce qui peut vraiment nous rendre tranquille ? Comment acquérir la
sagesse qui nous permettrait d'être tranquille maintenant, puis dans cinq
minutes, dix minutes… indépendamment de la connaissance du futur ? Le
détachement, la capacité d'observer complètement ce qui se passe et de
prendre conscience de ce que l'on fait conduisent à la tranquillité.
Si nous paraissons tranquille alors que nous ne sommes
pas encore détachés, c'est que nous sommes encore inconscient de notre état,
c'est-à-dire que nous jouissons sans nous poser de questions. Ceux qui
ressentent un manque de tranquillité vivent probablement trop vite, dans un
état semi-conscient, à mi-chemin entre les désirs et le détachement.
Comment articuler la Volonté supérieure et notre
volonté intérieure ? Faisons-nous tous les jours quelque chose de
particulier afin de découvrir quelque chose de nouveau ?
Le groupe a poursuivi la lecture de Rayons et
Initiations, Traité sur les sept Rayons, Volume V, (pp. 82 à 89), à
partir de la quatrième phrase de la Loi III.
4. Quand la demande et la réponse se perdront dans
un seul grand SON, sortez du désert, laissez les mers derrière vous et
sachez que Dieu est Feu.
Pour l'initié, les mots "sortez du désert" se réfèrent
à la vie de la Monade, incarnée dans les trois mondes de l'humanité.
"Laissez les mers derrière vous" s'applique au retrait qu'entreprend
l'initié vis-à-vis de toute expérience de la sensibilité. L'état d'être
lorsque l'on prend les initiations supérieures est défini par le mot
identification. L'initié laisse la conscience derrière lui, transcendant les
cinq mondes d'expression de la vie. "Celui en qui nous avons la vie, le
mouvement et l'être" est saisi par l'initié à la troisième initiation comme
étant le Feu. Le Feu est la totalité de ce qui détruit la forme, c'est la
vitalité même. La réalisation de l'initié est obtenue par l'appréciation du
son car l'oreille intérieure s'est éveillée à la signification de la Voix. A
la troisième initiation, l'initié voit l'étoile et entend le son alors
qu'aux deux initiations précédentes il avait vu la lumière et entendu le
Mot. Le Christ lui-même était attentif à ce centre spirituel par lequel "le
Père lui parla", lui donnant le sceau de l'affirmation. L'Evangile
relate les cinq initiations que le maître Jésus prit pas à pas, et transmet
également les initiations du Christ, de la seconde à la septième. Cette
dernière est toutefois restée incomplète car le son affirmatif n'a pas été
entendu lors de la Résurrection et de l'Ascension. Ce son affirmatif sera
entendu quand le Christ terminera son œuvre lors du second Avènement. La
septième initiation sera alors consommée, dans son double aspect d'amour-sagesse
et de pouvoir-volonté. Le Christ et le Bouddha verront alors ensemble la
gloire du Seigneur du Monde et passeront à un service plus élevé, dont la
nature échappe à l'humanité.
Il est utile de rappeler que trois grandes énergies
sont focalisées à Shamballa :
1. L'Energie de purification, pouvoir inné
de l'univers manifesté qui adapte l'aspect substance à l'aspect spirituel
d'après le processus de purification. Ceci impose de laisser derrière soi
toutes les tendances qui voilent la gloire de Dieu. C'est l'énergie qui
substitue le bien au mal. L'humanité a rabaissé ce concept en l'adaptant
essentiellement sur la vie du plan physique. Les "soins hygiéniques" ont
pris la place sur la beauté émotionnelle, la clarté mentale, l'intuition
illuminée, de sorte que les pensées de l'aspirant sont tournées vers la
matière et non vers la lumière.
2. L'Energie de destruction, qui fait
disparaître les formes emprisonnant la vie spirituelle intérieure. C'est un
des aspects majeurs de la nature purificatrice de la Vie divine. Cette
activité destructrice est mise en mouvement :
A. Par la volonté de Ceux qui constituent le
Conseil de Shamballa, et dont l'action détruit les formes de vie entravant
l'expression divine.
B. Par les décisions de l'humanité elle-même, qui,
selon la loi du karma, rend l'homme maître de son destin.
Plus l'aspirant se rapprochera de la troisième
initiation, plus vite il purgera son karma. Les progrès de l'humanité et
l'afflux de forces depuis Shamballa établissent la relation monadique,
libérant l'aspect destructif de l'énergie fondamentale.
3. L'Energie d'organisation, qui a mis en
mouvement l'activité des grandes Vies de rayon et donné l'impulsion de ce
qui a produit la manifestation. C'est la relation de l'esprit avec la
matière qui engendre le processus créant le monde manifesté, champ propice
au développement de l'âme, et où le dessein divin est mis en œuvre par le
moyen du Plan.
Ces trois énergies sont symbolisées par la vie du
Christ alors qu'il adombrait le maître Jésus : l'énergie de purification est
indiquée par l'épisode du baptême ; l'énergie de destruction s'est exprimée
au moment de la Crucifixion ; l'énergie d'organisation est apparue lorsqu'il
dit "Que Ta volonté soit faite et non la mienne".
La grande énergie de purification régénère l'humanité.
Beaucoup de mal se trouve brûlé par la révélation même du caractère
effroyable de ce mal. L'unité est engendrée de cette manière. L'humanité a
vu ce mal et n'oubliera jamais ce spectacle. La volonté d'améliorer
l'humanité sera fortifiée. Quand les valeurs spirituelles sont comprises,
l'énergie de destruction comporte une certaine beauté. La Crucifixion et
l'expérience de la tombe conduisent à la résurrection de la vie. La
destruction qu'a traversée l'humanité durant la guerre a été effroyable,
mais cela a aussi été la destruction d'un mal planétaire qui était focalisé
depuis des siècles dans l'humanité, et qui a été amené à la surface et
précipité en activité violente par un groupe d'hommes malfaisants et
égoïstes dont c'était la destinée.
Que les aspirants et disciples réfléchissent au dessein
destructeur de Dieu, qui a pour motif l'amour et entretient la vie et les
valeurs spirituelles. Le pouvoir destructeur de l'esprit n'est pas le même
que celui de la matière. La mort de Jésus et celle d'Hitler ne résultent pas
des mêmes énergies essentielles. L'aspirant comprendra que beaucoup de mal a
été détruit. L'humanité pourra alors stabiliser le bien qui fera jour en
utilisant la troisième énergie de Shamballa, celle de l'organisation. Le
monde nouveau sera construit sur les ruines de l'ancien. De justes relations
humaines seront développées par l'éducation des masses. Parallèlement, le
développement de l'opinion publique sera éclairée, et ceci en réponse au son
communiquant la volonté de Dieu. Alors l'humanité sortira du désert,
laissera les mers en arrière, et saura que Dieu est Feu.