J.P. a présenté au groupe sa planche
intitulée : "Le sacrifice de soi et des autres dans la joie ou dans la
tristesse".
Il est conscient que le renoncement de
la personnalité doit s'effectuer dans la joie et l'amour. Mais, l'amour
n'étant pas suffisamment présent en lui, il s'est demandé ce qui motive les
moments de joie ressentis dans sa vie quotidienne depuis son départ de
Bordeaux pour des raisons familiales et professionnelles.
Son nouveau cadre de vie et son nouveau
travail intéressent sa personnalité en alimentant son corps émotionnel. Mais
ils n'apportent pas de nourriture adaptée au travail entrepris dans ce
groupe où l'on demande à la personnalité de s'effacer au profit de l'Ame.
Sa joie trouvant son origine dans la
nouveauté, il se demande quel nouveau catalyseur il devra trouver demain
pour alimenter sa joie de vivre.
De plus, ce bonheur éphémère, centré sur
l'individu, lui apporte la désagréable sensation d'avoir mis un pied en
dehors du cercle du groupe et engendre chez lui un mal être. Sa personnalité
est dans la joie, son âme est triste et il sacrifie les autres dans la
tristesse. Il a le sentiment d'être le musicien qui joue les notes de la
portée sans interpréter la partition de son auteur et se trouve dans
l'impossibilité d'en exprimer la beauté, l'amour et de participer dans la
joie à un travail de groupe. Il en résulte un sentiment d'indignité et une
auto-inculpation.
Ne faut-il pas s'élever pour élever son
frère ? J.P. est conscient que le soi et le tout ne font qu'un et qu'il
suffit de servir ses frères pour être servi soi-même. Mais il a du mal à
mettre en pratique cette belle notion d'universalité. En outre, il se
complait dans l'austérité et reconnaît en lui une tendance à sacrifier le
soi dans l'épreuve et la tristesse à la recherche d'un suicide spirituel
personnel.
A la fois à l'intérieur et à l'extérieur
du groupe, il laisse ainsi le doute s'insinuer dans son mental qui se trouve
livré aux peurs : peur d'être absorbé par le Tout, d'être aimé, peur du
sacrifice à l'Amour, de renoncer au Moi, d'être rejeté, de décevoir...
Alors qu'il a le sentiment de s'être
"posé", il se demande s'il n'est pas encore positionné à un point de crise
qui doit l'amener à choisir sans compromis entre le mirage de la matière et
l'amour, entre la tyrannie de la personnalité et la volonté de son âme.
Il a conclu en exprimant son besoin de
participer à la dynamique de ce groupe. Selon lui, ce départ qui était pour
lui un but s'est transformé en étape provisoire et "il ne désespère pas" de
se rapprocher à nouveau de ce lieu.
J.P. a été invité à réfléchir aux
implications de la formulation de sa dernière phrase. Ne recèle-t-elle pas
un double sens ? Tout en affirmant son projet de se rapprocher
géographiquement du groupe, elle laisse entendre que J.P. se situe au-delà
de l'enceinte et qu'il s'est déjà éloigné du Temple et du Maître.
L'expression "Je ne désespère pas" est elle-même révélatrice d'une forte
dualité sur le plan spirituel. Au lieu d'affirmer son projet de revenir pour
des raisons professionnelles et spirituelles, J.P. fait ainsi comprendre
qu'il n'arrive pas à se rapprocher. Il s'agit d'une décision à prendre pour
verticaliser, comme le suggère la lame du Tarot représentant l'Amoureux
entre deux femmes, l'une vertueuse et l'autre sensuelle. N'écoutons pas les
plus petits instincts de la personnalité qui nous enchaînent. Dans cette
démarche, il faudra un jour donner beaucoup plus qu'on ne pense car tant que
l'on n'a pas tout donné, on ne connaît pas la joie profonde.
Même si Dieu est toujours présent,
demandons-nous comment nous lui répondons et comment nous nous rapprochons
de certains centres énergétiques. Le Maître va-t-il aller dans notre sens
quelles que soient nos initiatives ? Ne le provoquons pas et ne mettons pas
en place, en rajoutant des cailloux, plus de souffrance sur le sentier, déjà
difficile à cause de l'ascension. Ne restons pas dans l'immaturité et
sachons faire un effort avant que la vieillesse et l'amertume nous
surprennent. Mais la personnalité tergiverse et cherche encore à assurer son
confort en gardant des perspectives satisfaisantes sur les plans émotionnel
et intellectuel. Cultivons donc la prudence, y compris lorsqu'il s'agit de
révélations d'ordre spirituel qui pourraient nous séduire par leur côté
merveilleux.
Le groupe a ensuite réfléchi à la
résolution d'un problème de géométrie à l'occasion duquel chacun a été
invité à observer ce qui se passe en lui émotionnellement : agacement,
incompréhension, peur de ne pas y arriver, sentiment d'infériorité par
rapport à ceux qui savent, retour d'anciens mécanismes scolaires...
Apprenons à être des disciples parmi des
disciples et à relativiser notre propre intelligence. Face à l'émotion,
repolarisons nous et remettons en place la sérénité, sans craindre les
disciples plus avancés que nous, faute de quoi nous rencontrerons des
problèmes avec la notion de Hiérarchie. Sachons aussi exprimer nos
difficultés en toute transparence car, si nous ne le faisons pas, il en
résultera un complexe sur le plan psychologique, un manque d'implication et
une passivité sournoise.
Résoudre un problème de mathématiques
est donc aussi un exercice de psychologie ésotérique. La démarche de
l'étudiant en ésotérisme s'appuie sur une dialectique, une logique. Il ne
recherche pas des vérités dans ses ressentis ou dans les affirmations
d'autrui. La quête de la connaissance se fait en et par lui-même.
Celui qui a déjà résolu mille problèmes
n'a pas peur devant une nouvelle difficulté. Il a confiance en son
intelligence.
L'exercice qui nous est proposé nous
amène à démontrer que dans un triangle ABC quelconque, les trois
bissectrices sont concourantes en un point que nous appelons O. Une
bissectrice est une droite issue d'un angle et coupant celui-ci en deux
secteurs ou angles égaux.

Après avoir construit le triangle ABC,
nous traçons les bissectrices issues de A et B se coupant en un point O. La
droite joignant O et C est-elle la bissectrice issue de C ?
Nous traçons trois droites issues de O
et coupant les segments [AB], [BC] et [AC] à angle droit aux points
respectifs I, J et K.
Pouvons-nous dire que OI=OK ? O étant
sur la bissectrice issue de A (a1=a2), il est à égale distance de I et de K.
La réciproque est également vraie : si OI=OK alors les angles a1 et a2 sont
égaux. On a ainsi une équivalence : O est sur la bissectrice issue de A si
et seulement OI=OK.
O étant aussi sur la bissectrice issue
de B (b1=b2), il est à égale distance de I et de J.
La loi de transitivité nous permet
d'écrire que :
Puisque OK=OI et OI=OJ, la loi de
transitivité nous permet d'écrire : OK=OJ.
Or OK=OJ implique que O est sur la
bissectrice issue de C (Ce Qu'il Fallait Démontrer).
Nous construisons une figure plus simple
qui permet à chacun de refaire le cheminement mental en exerçant sa logique.
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Raisonnement 1 :
(OI) ^
(AB) et (OJ) ^ (AC). Si
OI=OJ alors a1=a2 et réciproquement. Si OI ≠ OJ, cela implique
que les deux angles a1 et a2 ne sont pas égaux. |
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Raisonnement 2 :
Nous traçons les droites (O'I') et (O'J')
coupant (AB) en I' et (AC) en J' avec un angle quelconque mais
de telle manière que AI'=AJ'.
Là encore, si O'I'=O'J' alors a1=a2 et
réciproquement. |
L'étudiant peut poser plusieurs
hypothèses pour trouver la solution à un problème, cependant, en passant par
le chemin le plus court, il réduira les risques d'erreur pendant la
démonstration. Trouver la solution la plus simple et la plus élégante
n'encombre pas le mental de longs discours.
Nous apprenons, par ce raisonnement, à
mettre en place le rationnel qui permet d'éliminer mirage et illusion. Pour
résoudre un problème mathématique, nous devons au départ poser des
hypothèses en se servant des règles de mathématiques, qui sont peu
nombreuses. Dans notre exemple, nous utilisons la règle de la transitivité
basée sur la logique du si… si… alors…
Pour résoudre le problème des
bissectrices, il n'y a pas besoin d'explorer très loin dans notre culture.
Recherchons la démonstration la plus courte passant par le moins de
connaissance possible. Tout notre raisonnement intermédiaire sert à vérifier
une égalité. En partant d'une hypothèse simple, nous passons par des
développements compliqués qui aboutissent à quelque chose d'élémentaire que
l'on sait vrai. Si nous ne comprenons pas une étape du raisonnement, nous ne
sommes plus dans l'implication et ceci est vrai dans tous les domaines.
A un certain stade, il y a un retour sur
soi qui fait que nous reprenons chaque concept, nous remettons chaque chose
à sa place et tout redevient simple.
Efforçons-nous de percevoir les concepts
au niveau le plus élevé car ils englobent ce qui est en bas. Progressivement
nous appréhendons les Lois qui synthétisent tout ce que nous avons
appris jusqu'à maintenant. En se hissant à un niveau supérieur, il y a un
concept qui fait loi et qui résout plusieurs questionnements. Dès lors, le
problème de la mémorisation ne se pose plus, nous sortons de la complexité
des lois de la matière. L'incarnation dans le signe de la Vierge nous fait
descendre au plus bas de la matière : nous commençons par percevoir les
feuilles de l'arbre, puis les branches et enfin l'arbre lui-même.
Nous agissons tous un peu comme cela
avec le Maître. Nous savons qu'il détient la sagesse et la synthèse,
cependant nous sommes suffisamment retors pour lui exprimer notre désaccord.
Nous utilisons des solutions mentales qui n'apportent pas les bonnes
réponses. Cherchons des réponses au niveau de notre âme car là se trouvent
les lois et la conformité au but. Au plus bas de la matière, nous trouvons
la conformité à nos désirs. Le désir peut s'expliquer par des phases
successives d'attraction, puis de déception, voire de répulsion. Au début,
l'attraction se met en place car l'objet ou la personne désirée n'ont pas
été vus dans leur totalité.
Chacun de nous pourrait s'interroger sur
la transparence de ses motivations à poursuivre le travail de groupe. Par
quelle attitude prouvons-nous que nous sommes intéressés par la démarche ?
Le frère qui montre ses humeurs, sa
jalousie, et qui reste dans le silence, donne l'impression qu'il n'est pas
entré dans le Temple. Il reste isolé, se sentant rejeté, se rejetant
lui-même, tout en développant préjugés et sentiment d'injustice.
L'Initié sait qu'il est un Initié car il
travaille. C'est parce qu'il applique la Connaissance qu'il sait qu'il sert.
Ne restons pas sur une strate de connaissance horizontale, seulement
nécessaire pour passer des diplômes. Cherchons le niveau de synthèse qui
nous permet de nous adapter.