J.D. a exposé au
groupe une planche intitulée : "Acte omis ou bien... ?" Cette réflexion
l'invitait à s'interroger sur les raisons qui l'avaient conduit à oublier de
réaliser un travail qui lui était demandé. J.D. a repéré en lui un mécanisme
dont il n'était pas conscient et qui s'appuie sur un désir de perfection :
lorsque celui-ci ne peut pas être satisfait, sa personnalité s'arrange pour
différer la tâche à accomplir et même pour l'oublier. Ce processus se manifeste
lorsque la tâche présente une difficulté sur le plan mental, ce qui était le cas
en l'occurrence. J.D. perçoit aussi en lui un manque de volonté et une tendance
à réaliser d'abord ce qui lui semble le plus facile. Il prend conscience que
fuir les difficultés ne permet pas d'atteindre la perfection et que la
résolution de sa problématique passe par deux points essentiels : volonté et
humilité.
La majorité des
membres reconnaît effectuer en premier les tâches les plus faciles ou les plus
plaisantes. Un seul frère, pour des raisons d'organisation et par devoir,
commence par réaliser les tâches les plus difficiles. Est-ce le fait d'une
nature inquiète et pessimiste qui ressentirait mal la remise en question ? Ou
craint-il ses propres reproches ?
Il est important
de distinguer ce qui nous pousse à accomplir les tâches qui paraissent
difficiles sur le plan abstrait. Obéissons-nous au sur-moi ou à l'Amour reconnu
comme une instance supérieure ? Lorsque le Maître éprouve un disciple, parfois
de manière très inattendue, l'exercice ne requiert pas la pure obéissance mais
fait appel à une sagesse déjà inscrite dans sa conscience. La Foi permet de
dépasser la logique du mental et d'atteindre un autre plan en s'appuyant sur la
compréhension de la démarche. Tout exercice est alors opportun et invite à
l'humilité. Sainte Rita en est un bel exemple : invitée à arroser chaque jour un
bois mort, celui-ci finit par fleurir.
Faut-il
construire le sur-moi ? Celui-ci s'édifie dans l'enfance et constitue une étape
nécessaire jusqu'à ce que la voie de l'Amour puisse être transmise. L'étage
supérieur du mental doit rapidement prendre le dessus et amener l'enfant à "être
gentil" par générosité et non plus par devoir, faute de quoi on ne fait que
"dresser l'animal" qui se construira lui-même dans la dureté. La véritable
gentillesse ne peut résulter d'un sur-moi trop présent, pas plus que d'un
sur-moi inexistant.
De nombreux
membres ont le sentiment de se battre contre leur sur-moi. Mais comment le faire
disparaître ? Doit-on "se battre" contre lui ou développer des qualités
d'Amour ? Si le sur-moi dicte des règles de politesse, il semble impossible de
poser des actes contraires et d'être dans l'Amour. Mais comment distinguer un
acte d'Amour ?
Posons des actes
libres, car nous ne pourrons pas être heureux si nous ne sommes pas libres.
Chaque acte n'est libre que s'il est l'expression de l'Amour. Les actes d'Amour
nous permettent de dialoguer avec notre âme. Posons-nous la question de la
motivation de nos actes. Cet acte a-t-il été posé en vertu de l'amour ou d'une
pulsion réactive ? Seul un acte d'amour peut apporter la Joie. Seul un acte
d'amour peut nous rapprocher de l'humanité. Saint Augustin disait : "Aime et
fais ce que tu veux".
La joie
s'installe en nous car, dans l'amour, l'âme nous communique ses vibrations. Nous
pouvons encore ressentir de la tristesse par rapport à un frère qui souffre,
mais seulement par compassion ou empathie, et non plus par pitié de soi.
Ne cherchons pas
à utiliser une méthode qui conforterait le sur-moi au lieu de le chasser, étant
donné qu'appliquer une méthode conduit à "faire ceci" ou "ne pas faire cela".
Oser poser des actes dans l'amour peut être une manière de faire éclater le
sur-moi : l'autre peut parfois ne pas comprendre la motivation de ces actes,
s'il pense toujours en terme de "donnant-donnant". Si nous sommes trop dépendant
des autres, nos actes ne sont pas vraiment libres. Accomplissons notre devoir
afin de nous libérer. Un enfant ne peut pas poser des actes d'amour tant qu'il
est trop dépendant des adultes qui l'entourent, mais si ceux-ci expriment
l'amour, alors l'enfant l'exprimera à son tour.
Lorsque nous
commençons à aimer les autres, nous ne ressentons plus d'inquiétude, nous ne
nous posons plus la question de savoir si les autres nous aiment en retour. Ce
qui compte, c'est que quelque chose s'accomplisse dans l'amour. Apprenons à
méditer dans ce sens, car si le quotidien est altéré, nous ne rechercherons pas
la beauté dans la méditation.
Il nous est
parfois plus facile de poser un véritable acte d'amour avec des inconnus qu'avec
nos proches, avec qui nous pouvons partager une histoire difficile ou
douloureuse. Ne quêtons pas l'amour des autres car si nous donnons, nous
recevrons de l'amour. Cela ne nous empêche pas de voir l'autre avec ses
limitations. Peut-être l'autre n'est-il pas toujours prêt à recevoir notre
amour.
Notre mental ne
nous permet pas de percevoir la réalité de l'autre, mais seulement sa
représentation kama-manasique, créée par nous-même, et souvent sans réel rapport
avec la réalité.
Les gens simples
sont souvent plus aimants que les gens très diplômés, affairistes ou
calculateurs car plus nous sommes "intelligents", plus nous attribuons à l'autre
l'intention de nous nuire. L'humilité nous permet de nous poser certaines
questions : Comment Dieu nous voit-Il ? Comment notre personnalité est-elle
perçue par notre âme ? La réalité renvoyée par l'observateur ne doit pas nous
attrister, car c'est seulement un descriptif du comportement de notre
personnalité. Plus nous relativiserons notre instrument, plus notre âme
s'exprimera.
Le Maître
présente "plus haut" ce que nous lui donnons, il ne récupère rien pour lui car
nous sommes tous tournés vers Dieu. Il n'y a rien à revendiquer pour soi ; en
donnant nous renonçons à être un "leader". Nous abandonnons tout qualificatif et
toute terminologie qui rassure.
Lors de la
lecture d'une prière rédigée par une sœur, à qui il est suggéré de retravailler
le fond et le style, le groupe s'interroge sur les qualités nécessaires pour
écrire de beaux poèmes. Il en ressort les vertus suivantes :
1. Amour –
Joie – Vérité
2.
Sensibilité – Culture
3. Beauté –
Feu – Vibration
A fortiori, la
tristesse, l'impatience, le manque d'amour et la rigidité nous empêchent d'être
des poètes. Lorsque nous écrivons une invocation, nous exprimons une réalité
profonde qui équivaut à une méditation. Notre conscience s'élargit à celle du
groupe et nous exerçons notre capacité à exprimer des sentiments, l'amour, la
joie.