La séance a été
marquée par la prise de fonction de La. comme Frère de la Miséricorde.
Interrogée sur sa manière d'envisager ce rôle, La. a expliqué qu'elle y voyait
un double aspect : matériel et spirituel. Sur le plan matériel, il s'agit de
favoriser une ambiance propice à la méditation en préparant le rituel (ordre,
propreté de la salle, encens, lumières...). Sur le plan spirituel, elle se doit
d'être attentive envers ses frères et soeurs, ce qui nécessite une orientation
plus constante vers le service. Il a été rappelé que les deux fonctions, Rigueur
et Miséricorde, s'appuient sur la force de l'Amour.
Si. a ensuite lu
au groupe une planche intitulée : "Acte manqué", motivée par son absence, à
trois reprises, lors des méditations de nouvelle et pleine lune. La dynamique
spirituelle au sein du groupe s'intensifiant, les opportunités d'épreuves et de
remises en question invitent la personnalité au silence. Pour Si.,
malentendante, le mot "silence" est douloureux car il lui rappelle un quotidien
d'isolement vécu dans un monologue incessant. Le monologue n'est-il pas un
dialogue de sourd ? Invitée à un silence qui la fait souffrir, sa personnalité,
trahie dans ses attentes, trahit donc à son tour la volonté sur laquelle elle
est censée s'aligner.
Que faire ? Si.
a réaffirmé le choix qu'elle a fait de la Vie en conscience avec la Volonté qui
l'anime. Dans le royaume de l'Ame, il n'y a pas de place pour les revendications
personnelles, tout attachement étant synonyme de mort. Si. comprend que sa
participation au sein de ce groupe ne peut se déployer "que" sur le plan
énergétique et que c'est là une chance à saisir. Elle a rappelé un passage du
"Coeur ardent" : "Maître, que dois-je faire pour avoir en partage la Vie
éternelle ?" "Une seule chose : va, vends ce que tu as, donne-le aux pauvres et
tu auras un trésor au ciel ; puis viens, suis-moi". Si. se propose d'accomplir
ce pas en toute conscience et confiance car, selon la Parole de Jésus, "Tout est
possible pour Dieu."
A la suite de
son analyse, Si. a ajouté que sa situation de "vie intensifiée" lui permettait
de comprendre qu'elle est entendue à un certain niveau par le Christ et qu'elle
L'entend.
D'autres membres
ont été interpellés par rapport aux actes manqués.
Suite à la mise
en place d'une liste de diffusion pour les membres du groupe, deux soeurs n'ont
pas répondu au mail qui invitait chacun à s'inscrire.
Jo. a reçu le
mail et ne s'est pas sentie interpellée. Elle ressent des peurs par rapport à
l'informatique et dit avoir sombré dans une forme d'inconscience.
My., qui avait
évoqué ces mêmes peurs lors d'une analyse à la dernière séance, a lu le mail
sans aller jusqu'au bout, ne trouvant aucun message en "pièce jointe". Mais il
s'agissait d'un message très explicite, sans fichier joint, que tout le monde a
reçu. Sans doute n'a-t-elle pas su faire ce qu'il fallait. Faut-il pour autant
ajouter le mensonge et l'orgueil au manque de compréhension en n'ayant pas la
simplicité de demander des explications ? My. se considère-t-elle comme un
membre à part entière ou cette inintelligence révèle-t-elle un désir de mourir ?
My. a donc été invitée à retrouver le mail et à y répondre, faute de quoi elle
ne pourra pas reprendre sa place dans le groupe. Il faut en effet arriver à se
sauver. Dans les couches inférieures, l'intelligence diminue. Mais même le cœur
incite à l'adaptation et fait tout pour se servir de l'intelligence et de tous
les moyens. La mise en place de la liste de diffusion est donc révélatrice de la
vigilance, de la disponibilité et de l'orientation de chacun.
Th. a ensuite lu
une nouvelle planche : "Je me suis disqualifié. Ben oui..." Alors que Th.
participe au groupe de travail sur la lecture, il a déclaré à la dernière
réunion qu'il ne s'était pas entraîné à lire. Cette attitude est une réaction
inconsciente de l'orgueil de sa personnalité, blessée de ne pas avoir été
estimée prête à passer de l'entraînement à la lecture enregistrée. Ceci s'est
traduit par un relâchement de la vigilance qui démontre son inconstance et la
volatilité de ses engagements.
La cause
profonde de cette difficulté est peut-être à rechercher dans une absence
d'énergie propre. Pour avancer, Th. est dépendant du regard de l'autre, de la
reconnaissance ou de l'amour qu'on lui porte, sur le plan familial comme
professionnel. Cela le conduit à adopter des comportements tyranniques qui
éloignent de l'Amour véritable, qui donne sans rien attendre en retour. Des
trahisons sur le plan professionnel ont été pour lui douloureuses mais
salutaires, même pour son amour propre.
Il s'interroge
aujourd'hui avec plus d'acuité sur les moyens à mettre en œuvre, avec la
structure Poissons / Gémeaux qui est la sienne, pour s'auto-déterminer et
avancer avec énergie et constance. Face à ses deux véhicules volatiles et
instables, il doit sans cesse s'accrocher à la vision d'un autre moi, stable,
serein, fort, pratiquant dans l'oubli de lui-même innocuité et parole juste.
Revenant aux
difficultés repiratoires rencontrées dans la lecture, Th. a expliqué qu'elles
apparaissaient lorsque le corps astral était sollicité, ce qui est le cas lors
des exercices devant le groupe.
Pour conclure,
Th. estime ne pas s'être disqualifié, mais avoir "calé en tant que moteur" ou
s'être "volatilisé en tant que carburant" conformément aux deux aspects de sa
structure. Et pourtant il travaille, multiplie les opportunités de service,
tempère ses jugements, s'efforce d'être attentif aux signes et de comprendre
avant d'agir. Il perçoit peut-être enfin la nécessité vitale d'intégrer ces
concepts : Sérénité, Stabilité, Force, Service.
Après cette
lecture, Th. a ajouté que son orgueil était toujours présent, mais qu'il
commençait à être jugulé par une meilleure compréhension de celui qui sert. Il
s'efforce également de dépasser en lui la pitié de soi, une sorte de romantisme
un peu mièvre, et de se situer au niveau du cœur.
La tendance
romantique des Poissons peut être un atout pour l'écriture, mais nos forces
finissent par devenir des faiblesses et la Force doit alors être recherchée à un
niveau plus élevé : dans la confiance que "Pour Dieu, tout est possible". Faute
de quoi, on atteint seulement une maîtrise de soi qui s'apparente au
"fakirisme".
Sans doute
avons-nous trouvé une démarche qui nous arrange depuis des années. Accueillons
donc les crises avec joie car elles révèlent ce qui est enfoui et que l'on
croyait stabilisé. Les crises peuvent être terribles mais elles permettent la
régénération des couches bâties depuis des années. Avant d'avoir une vraie
relation avec Dieu, il faut passer par des crises profondes qui rendent humbles
et à l'issue desquelles il reste le petit enfant qui entrera dans le Royaume des
Cieux.
L'humilité n'est
pas une simple vertu gratuite et nous ne savons pas quel chemin inattendu Dieu
nous a préparé pour y parvenir. Par quels dépouillements devrons-nous passer
pour rencontrer Dieu ? A un certain stade, il y a une dynamique profonde à
mettre en place au-delà du mental, pour démolir le mental et ses certitudes.
Sinon, le risque est de rester bloqué dans une dynamique intellectuelle sans
valeur avec les autres, un échange calculé où on ne perdra pas. Mais la remise
en question du mental achoppe sur plusieurs écueils. Le premier est le
scepticisme et le manque d'amour qui peut en résulter, comme ce peut être le cas
chez les Verseaux. Le second est d'aboutir à une ascèse sans véritable
renoncement, destinée à obtenir un pouvoir soutendu par de belles théories : on
fait alors du psychisme et non de la spiritualité. Malgrè ces difficultés, le
processus se poursuit et aboutit à la compréhension que le pouvoir à rechercher
est l'humilité.
Chaque membre du
groupe est incité à regarder s'il va vers une crise qui le rendra septique ou
bien plein d'espérance. La crise n'est jamais là où nous pouvons l'attendre. Le
mental ne nous permet pas de tout voir car il est comme un ennemi qui nous fait
face en permanence. L'analyse doit être associée à la prière afin que tout soit
bouleversé et que la graine puisse être semée dans une terre pure, dont les
pierres cachées auront été mises à jour et enlevées.
My. s'interroge
sur ce qui pourrait ébranler les natifs du signe du Verseau. An., elle-même
Verseau, pense que la miséricorde de Dieu permet d'aller au plus profond, de
secouer la matière la plus dure.
Il nous est
toujours possible de dire non mais ce non est-il compatible avec la démarche ?
Débusquons les "non" qui nous mettent dans un état qui ne nous permet plus
d'avancer. En résistant à l'autre, ne résistons-nous pas à l'Amour ? Nous devons
être vigilant face aux mécanismes du vieil homme qui se sent plus avisé que son
voisin sur les dessous de tel ou tel événement. Il démontre par là même son
scepticisme et son manque d'amour.
Do. a repris sa
place de membre et a l'impression de ne pas entendre les choses de la même
façon. Par rapport à la planche de Th., Do. exprime le même type de demande et
d'attache. Elle a conscience que chacun attend de l'autre sans rien donner et
qu'ils doivent acquérir tous deux plus de simplicité dans leurs rapports. Y
a-t-il une crise à redouter après le Service ? Pour Do., elle consisterait
d'abord à se réhabituer à ses énergies propres, puis à accepter les évènements
qui lui permettront d'acquérir plus de douceur, de simplicité et d'humilité.
Mo. pense que la
crise qu'elle pourrait vivre doit être à la mesure de son manque d'humilité.
Elle a l'impression de prier avec ses névroses et de ne pas faire correctement
ce qu'elle a à faire. Mo., dans l'émotion, fait part de son angoisse à l'idée de
ne plus pouvoir apprendre et avancer. Comment atteindre l'humilité dans le
quotidien ? En regardant ce qu'il y a à voir et en acceptant ce qui se présente.
Fa. se sent
confronté au quotidien aux travaux d'Hercule et au fait qu'il ne baisse pas les
bras mais continue de résister.
La réflexion
suivante est alors soumise à chacun : "Si je mets en place l'humilité,
pourrais-je continuer à faire ce que je fais sur le plan familial et
socio-professionnel ? Y a-t-il des fonctions non compatibles avec l'humilité ?"
Fa., qui exerce
une fonction publique, pense qu'il ne peut pas baisser les bras sans que cette
attitude soit perçue comme une faiblesse.
C'est dans les
moments de relâchement de la conscience que l'on doit mettre en place
l'humilité. Elle est souvent vécue comme non conforme à nos fonctions. Ne nous
condamnons pas à être le plus fort dans la relation, mais imaginons l'inverse :
Soyons humble face à des agitateurs.
Le signe des
Gémeaux est un des seuls signes à pouvoir prendre facilement le mental à revers.
Il a la faculté de regarder devant et derrière, voyant ainsi les coulisses où se
déroule le jeu de la société, lui permettant de percer à jour la comédie
humaine.
On ne pourra pas
faire l'économie de la mort du vieil homme. La méfiance ne permet pas de vivre
l'humilité. Seul l'Amour pourra désarmer l'adversaire. Ne parle-t-on pas
d'humilité désarmante ? Il semblerait que les caractéristiques du Scorpion et du
Verseau les conduisent à la méfiance et au scepticisme, déguisés sous une
apparente sagesse.
Pourquoi ne
veut-on pas mettre en place l'humilité ? C'est probablement un problème de
recherche de la Vérité. La rigueur est un moyen pour atteindre l'humilité. C'est
dans la profondeur que l'on rencontre l'autre, que l'on rencontre Dieu, et que
l'on devient humble. Le Frère Instructeur interpelle Th. sur la possibilité
d'être créatif et humble en même temps. Approfondir ici, établir des passerelles
ailleurs, permettra d'être conséquent. Avoir une démarche scientifique et aller
jusqu'au bout de notre recherche nous incite à ne pas nous raconter d'histoires.
Si l'on observe
chaque profession, on constate que l'humilité ne peut s'acquérir à priori dans
aucunes d'entre elles. Alors, saisissons l'opportunité d'introduire de la
"Sainteté" dans notre profession, tel Robert Schuman, le "ministre moine".
Arrivons-nous à
supporter d'être superficiel ? Les membres sont interpellés sur ce qu'il
faudrait faire pour devenir humble.
Di. souhaite
acquérir souplesse et simplicité.
J.D. aurait
besoin de pardonner et de ne plus dépendre du regard de l'autre, en particulier
de celui de sa compagne. Est-ce que ce qu'il a vécu lui a permis d'être plus
humble ? Il semblerait que J.D. ait plus de facilité à relativiser que dans le
passé.
J.P., dans son
travail, subit les vexations de son patron en baissant la tête, accumulant de la
rancœur, et le conduisant à vouloir armer le guerrier. J.P. peut-il assumer un
autre comportement intérieur, gérer les énergies autrement qu'en baissant la
tête et en générant de l'agressivité ? Il y a une façon de "passer" dans le
mental comme nous ne l'avons encore jamais fait, se frayer une autre voie afin
de trouver une autre réponse. Soyons vigilant face aux réactions binaires du
mental qui tombe toujours dans le piège de la dualité.
Profitons d'être
à l'école des disciples pour accepter notre situation professionnelle avec tous
ses inconvénients.
Co., étudiante,
pense que cette fonction n'est pas incompatible avec l'humilité si le mental ne
récupère pas le savoir. En tant que mère de famille, Co. a un idéal d'humilité.
Mais peut-on
parler d'idéal l'humilité ? L'humilité, c'est l'abandon de tout.