Nous débutons notre rencontre par une
méditation de visualisation. Nous la concluons par "l'oiseau de joie".
Marion évoque son problème de mutisme et le
désir qu'elle ressent parfois de ne plus exister lorsqu'elle s'est faite
fâchée par son père. Elle se pense bête et méchante lorsqu'elle a fait du
mal aux autres. Elle réalise qu'elle fait souvent du mal quand elle est
réactive du fait de sa susceptibilité à ce que lui disent les autres.
La susceptibilité apparaît en nous lorsque
les autres nous critiquent. Nous devons apprendre à tenir compte des
remarques des autres si elles sont constructives pour nous améliorer mais
nous devons également nous détacher de notre propre image aux yeux des
autres. On peut dire : "ce que tu as dis, c'est ce que tu penses mais moi je
pense autrement".
Marion dissipe ses idées noires en pensant à
de belles choses ou en priant. Même si elle souhaite parfois disparaître,
elle ne projette pas de se tuer car elle aime sa famille et ne veut pas la
quitter. Nous expliquons à Marion que ce type de pensée traverse souvent
l'esprit des enfants lorsqu'ils se font fâcher par leurs parents et ne se
sentent pas aimer à ce moment-là.
Marion a une attitude corporelle crispée,
figée, parce qu'elle a souvent peur de son père, de ses colères. Dans ces
moments, elle se dit qu'elle a envie d'exister ailleurs, de faire une fugue,
qu'elle voudrait avoir d'autres parents, être tranquille et pouvoir faire ce
qu'elle veut. Nous demandons à Marion ce qui l'empêche de partir de chez
elle lorsqu'elle est triste. Elle évoque le fait de perdre sa famille, de ne
plus pouvoir apprendre à aimer, de ne pas quitter son école et le groupe
auquel elle tient.
Ce que relate Marion trouve écho chez les
autres enfants :
Paul dit que, parfois, le soir quand son papa
l'a fâché et ne lui a pas fait de bisous, il a l'idée de s'enfuir mais il
finit toujours par s'endormir. Ce qui le retient, c'est la bonne cuisine de
sa maman, ses mamies qui sont gentilles, son maître d'école qui est amusant
et le fait de pouvoir partir en vacances avec ses parents.
Claire préfère rester avec ses parents pour
aller à la messe et parce que sa maman cuisine bien, qu'elle a une belle
chambre avec des doudous, qu'elle a une gentille maîtresse et des bons
copains et copines. Elle pense que si elle partait, elle ne pourrait plus
voir son frère et regarder la télévision.
Aurélie dit n'avoir jamais pensé à faire une
fugue. Elle ne veut pas quitter ses parents et sa famille et souhaite
continuer à pouvoir jouer avec son frère et sa sœur, voir sa chatte et
participer au groupe.
Claire relève que le prince Siddhârta
(Bouddha) est parti de chez lui. Est-il parti pour faire une fugue ? Non,
bien sur. Il n'est pas parti pour éviter de souffrir mais pour trouver la
cause de la souffrance, la vérité sur la vieillesse, la maladie et la mort.
Marion dit à ses frères et sœurs de groupe
qu'elle les aime et cela la met dans l'émotion. Nous comprenons que son
émotion résulte de la présence de deux pensées contradictoires,
incompatibles : tantôt penser qu'on aime les autres et tantôt penser qu'on
les déteste et qu'on veut s'en aller. Marion expérimente la dualité du
mental et la souffrance qu'elle peut occasionner. Où est la vérité ?
Paul parle de ses petites voix à l'intérieur
qui lui disent la chose et son contraire. Toute cette activité de pensée est
le fait du mental. Lorsque c'est le "petit moi" qui nous influence, on
choisit plus facilement les mauvaises pensées.
Aurélie, qui a une attitude dissipée, est
mise à la porte quelques minutes. Lorsqu'elle revient, elle est dans
l'émotion. Nous essayons de comprendre ce qu'il y a de sous-jacent. Aurélie
pense probablement : "Puisque Corinne m'a fâchée, je pense qu'elle ne m'aime
pas, donc je lui en veux et la déteste". Dans notre mental, de mauvaises
pensées envers ceux qui nous contrarient arrivent très facilement.
Marion est, à son tour, dans l'émotion. Elle
repense aux fois où elle critique intérieurement son père : "il est
énervant", "j'aimerais bien être tranquille"… et à la culpabilité qu'elle
ressent ensuite lorsqu'il la prend dans ses bras et l'embrasse.
Aurélie et Claire se reconnaissent aussi dans
ce mécanisme. Paul, lui, ne s'en veut pas après, il assimile ça à un petit
nuage qui passe.
Les enfants pensent que pour aller mieux, on
peut dire la vérité et demander pardon afin que notre âme soit contente.
Nous clôturons la rencontre par une
méditation et le Notre Père.

