Bulletin no 86 du 16/04/2005
 

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Bulletins du groupe d'Eveil à la Vie

Ces bulletins sont mis gracieusement à la disposition de toute personne jeune ou adulte qui s'intéresse aux questions posées par des enfants sur tous les aspects de la vie. Il restitue les découvertes et les réactions spontanées d’un groupe en cheminement. Si l’identité des personnes concernées est révélée involontairement par les prénoms des enfants, elles pourront toujours, après la lecture de ce qui suit, établir un dialogue qui révèle l’amour des uns pour les autres.

 8 - 10 ans

  

 

BULLETIN N°86

Séance du 16/04/2005

Animatrice : Corinne

Nous débutons notre rencontre par une méditation de visualisation. Nous la concluons par "l'oiseau de joie".

Marion évoque son problème de mutisme et le désir qu'elle ressent parfois de ne plus exister lorsqu'elle s'est faite fâchée par son père. Elle se pense bête et méchante lorsqu'elle a fait du mal aux autres. Elle réalise qu'elle fait souvent du mal quand elle est réactive du fait de sa susceptibilité à ce que lui disent les autres.

La susceptibilité apparaît en nous lorsque les autres nous critiquent. Nous devons apprendre à tenir compte des remarques des autres si elles sont constructives pour nous améliorer mais nous devons également nous détacher de notre propre image aux yeux des autres. On peut dire : "ce que tu as dis, c'est ce que tu penses mais moi je pense autrement".

Marion dissipe ses idées noires en pensant à de belles choses ou en priant. Même si elle souhaite parfois disparaître, elle ne projette pas de se tuer car elle aime sa famille et ne veut pas la quitter. Nous expliquons à Marion que ce type de pensée traverse souvent l'esprit des enfants lorsqu'ils se font fâcher par leurs parents et ne se sentent pas aimer à ce moment-là.

Marion a une attitude corporelle crispée, figée, parce qu'elle a souvent peur de son père, de ses colères. Dans ces moments, elle se dit qu'elle a envie d'exister ailleurs, de faire une fugue, qu'elle voudrait avoir d'autres parents, être tranquille et pouvoir faire ce qu'elle veut. Nous demandons à Marion ce qui l'empêche de partir de chez elle lorsqu'elle est triste. Elle évoque le fait de perdre sa famille, de ne plus pouvoir apprendre à aimer, de ne pas quitter son école et le groupe auquel elle tient.

Ce que relate Marion trouve écho chez les autres enfants :

Paul dit que, parfois, le soir quand son papa l'a fâché et ne lui a pas fait de bisous, il a l'idée de s'enfuir mais il finit toujours par s'endormir. Ce qui le retient, c'est la bonne cuisine de sa maman, ses mamies qui sont gentilles, son maître d'école qui est amusant et le fait de pouvoir partir en vacances avec ses parents.

Claire préfère rester avec ses parents pour aller à la messe et parce que sa maman cuisine bien, qu'elle a une belle chambre avec des doudous, qu'elle a une gentille maîtresse et des bons copains et copines. Elle pense que si elle partait, elle ne pourrait plus voir son frère et regarder la télévision.

Aurélie dit n'avoir jamais pensé à faire une fugue. Elle ne veut pas quitter ses parents et sa famille et souhaite continuer à pouvoir jouer avec son frère et sa sœur, voir sa chatte et participer au groupe.

Claire relève que le prince Siddhârta (Bouddha) est parti de chez lui. Est-il parti pour faire une fugue ? Non, bien sur. Il n'est pas parti pour éviter de souffrir mais pour trouver la cause de la souffrance, la vérité sur la vieillesse, la maladie et la mort.

Marion dit à ses frères et sœurs de groupe qu'elle les aime et cela la met dans l'émotion. Nous comprenons que son émotion résulte de la présence de deux pensées contradictoires, incompatibles : tantôt penser qu'on aime les autres et tantôt penser qu'on les déteste et qu'on veut s'en aller. Marion expérimente la dualité du mental et la souffrance qu'elle peut occasionner. Où est la vérité ?

Paul parle de ses petites voix à l'intérieur qui lui disent la chose et son contraire. Toute cette activité de pensée est le fait du mental. Lorsque c'est le "petit moi" qui nous influence, on choisit plus facilement les mauvaises pensées.

Aurélie, qui a une attitude dissipée, est mise à la porte quelques minutes. Lorsqu'elle revient, elle est dans l'émotion. Nous essayons de comprendre ce qu'il y a de sous-jacent. Aurélie pense probablement : "Puisque Corinne m'a fâchée, je pense qu'elle ne m'aime pas, donc je lui en veux et la déteste". Dans notre mental, de mauvaises pensées envers ceux qui nous contrarient arrivent très facilement.

Marion est, à son tour, dans l'émotion. Elle repense aux fois où elle critique intérieurement son père : "il est énervant", "j'aimerais bien être tranquille"… et à la culpabilité qu'elle ressent ensuite lorsqu'il la prend dans ses bras et l'embrasse.

Aurélie et Claire se reconnaissent aussi dans ce mécanisme. Paul, lui, ne s'en veut pas après, il assimile ça à un petit nuage qui passe.

Les enfants pensent que pour aller mieux, on peut dire la vérité et demander pardon afin que notre  âme soit contente.

Nous clôturons la rencontre par une méditation et le Notre Père.

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