Au début
de la séance, nous convenons de l’organisation du rituel d’allumage et
d’extinction de la bougie du groupe. Désormais, la tâche sera assumée par
chaque enfant en suivant l’ordre des signes astrologiques. Ainsi,
aujourd’hui Pierre, natif du Cancer, a allumé la bougie et Léa, native du
Lion l’a éteinte. La prochaine fois, Léa l’allumera et Pauline, native du
Capricorne l’éteindra, et ainsi de suite…
Léa
évoque spontanément une double problématique qui la préoccupe :
-
celle de l’exclusivité affective dans ses relations amicales : Léa a
souffert du fait que sa meilleure amie se soit liée d’amitié avec une autre
fille qu’elle n’appréciait pas. Elle s’est sentie triste, seule et
abandonnée. Elle réalise qu’il s’agissait en réalité de jalousie et de désir
d’exclusivité affective.
-
celle du sentiment de solitude lié au fait de sentir une absence de
convergence conceptuelle avec ses amis de l’école. Léa pense que ses
camarades d’école n’abordent pas la vie sous le même angle qu’elle, ne
faisant pas de travail sur eux-mêmes et ne croyant pas, pour beaucoup
d’entre eux, en Dieu. Elle ne se sent bien qu’avec les enfants du groupe qui
la comprennent et vivent la même démarche qu’elle. Elle parle de sa démarche
à l’école mais ne reçoit pas d’écho favorable.
Nous
essayons de comprendre les implications de notre démarche : nous sommes
incités à une plus grande humilité (il ne s’agit pas de dénigrer ceux qui ne
vivent pas la même dynamique mais de les aimer) et à accepter de se sentir
seuls parmi la foule et pourtant pas seuls car accompagnés en pensée par nos
frères et sœurs de groupe et par les Maîtres qui nous regardent avec
bienveillance.
Nous
lisons un texte en rapport avec ce qui vient d’être évoqué :
« La clé
est trouvée ; et avec la pression des mains au service de la lumière et avec
un coeur battant d'amour, la clé est tournée. La porte s'ouvre largement."
"Marchant
rapidement, celui qui se hâte vers la lumière entre par la porte et attend.
Il tient la porte entrouverte pour ceux qui suivent. Ainsi, en action, il
attend."
"Une voix
s'élève : Mon frère, ferme la porte, car chacun doit entrer seul par cette
porte."
"La
lumière étincelante dans le Temple du Seigneur n'est pas pour tous au même
moment ou à la même heure du jour. Chacun connaît son heure. C'est
maintenant la vôtre. Ainsi donc, mon frère, fermez la porte. Souvenez vous
que ceux qui viennent derrière ne savent pas si la porte est ouverte ou si
elle est fermée. Ils ne la voient pas. Gardez cette pensée, mon frère, et,
passant par la porte, fermez-la avec soin et entrez dans une autre phase de
la Voie, seul et pourtant pas seul."
Nous
comprenons, au travers de ce texte, que le sentier n’est pas foulé en même
temps par tous les hommes. Nous devons suivre notre chemin et ne pas forcer
nos « amis » à nous suivre car chacun découvre la porte au moment qui est le
sien.
Pierre
lit ensuite au groupe sa planche intitulée « Les
grands sont chiants » :
« Nous
étions en train d’aller au préfabriqué avec Pauline, Léa, Daniella, Marion,
Aurélie et un petit garçon qui s’appelait Charles Hubert. Arrivés au
préfabriqué, Marion l’animatrice, nous demanda de fabriquer des pots à
crayons. Marion, Aurélie et Daniella se mirent à en fabriquer pendant que
moi je m’amusais au ballon avec Pauline, Léa et Charles Hubert.
Nous n’étions pas avec les autres. Et je m’étais dis que j’en avais déjà
fais un pot. Je me rends compte qu’il est mieux d’être en groupe que tout
seul. C’est mieux d’être tous en groupe parce que si l’on se sépare cela
fait deux groupes et l’on s’entend mal. Et j’ai dû la rendre triste parce
qu’elle emmène des activités et je ne les fais pas. Je n’ai pas obéi, j’ai
écouté mes désirs.
Le week-end dernier, pendant la méditation de nouvelle lune, j’ai voulu
aller aux toilettes et j’ai demandé si Aurélie pouvait venir avec moi. Alors
elle a dit oui et puis elle voulait aller elle aussi aux toilettes et Marion
aussi ; alors elles sont venues avec moi pour continuer la conversation.
Florence nous interpella en nous disant d’y aller un par un. Ensuite nous
sommes allés nous coucher et j’ai dit « elle nous a parlé gentiment mais
elle est chiante » .Aurélie alla le dire. Et Florence nous demanda de dire
la vérité. Mais au lieu de dire la vérité j’ai dit que j’avais dit
« Pourquoi m’avez vous suivi aux toilettes ? ». J’ai menti parce que j’avais
peur de me faire fâcher.
J’ai dit qu’elle était chiante parce qu’elle m’a empêché de faire mes
désirs. Florence n’est pas chiante, je regrette ce que j’ai dit envers
Florence. En plus elle n’était pas là pour nous garder et je n’avais pas à
la traiter. Ça lui a fait beaucoup de peine. J’aime Florence ; elle est
gentille.
Définition d’obéir dans le dictionnaire : Obéir à quelqu’un c’est faire ce
qu’il ordonne. Julie obéit à sa maman. Contraire : désobéir.
Obéir c’est faire un ordre donné intelligent et voir aussi par qui il est
donné.
Généralement, je trouve les grands « chiants » quand ils ne font pas mes
désirs. Les grands ne font pas mes désirs parce que mes désirs ne sont pas
utiles, vont dans le sens de la facilité, de l’absence d’effort, de
l’égoïsme et de la mauvaise humeur du petit moi. Les grands sont chiants
parce qu’ils veulent que je grandisse. Je veux grandir en gardant mes
désirs. Grandir c’est avoir des responsabilités. Donc on ne peut pas avoir
des désirs parce que ça nous rend égoïstes. Je veux être responsable parce
que j’ai envie d’avoir des enfants. Donc si je veux grandir je suis aussi
« chiant » avec moi-même. Traiter les grands de chiants c’est traiter mon
grand moi. Les grands expriment ce que veut mon grand moi. Les grands sont
des amis de mon grand moi comme le sont les disciples, les maîtres et Dieu.
Je vis un conflit entre le petit moi et le grand moi et les autres n’en sont
pas responsables.
« Chiant » vient de « chier » qui veut dire faire caca. Donc « chiant »
indique le fait que ça fait faire caca. Donc on la traitant, je disais de
Florence qu’elle me faisait faire caca. Cela ramène à l’idée de caca,
d’excrément, de quelque chose de sale, de quelque chose d’impur, à rejeter.
Termes synonymes ou proches de « chiant » : Embêtant, énervant, gonflant,
irritant, rageant, exaspérant, décevant…
Je demande Pardon à Marion et Florence
de l’attitude grossière que j’ai eue.
Seigneur, aide moi à avoir une bonne attitude et à savoir ce que je dis. »
Léa et
Pauline sont interpellées sur leur attitude vis-à-vis de Marion,
l’animatrice, Thomas n’étant pas présent lors de l’après-midi en question.
Pauline explique son attitude individualiste par le fait que faire des pots
demandait de la concentration et de la patience et qu’elle n’y était pas
disposée au moment où Marion avait proposé cette activité.
Léa
explique qu’elle pensait ne pas arriver à le faire correctement et préférait
éviter de se confronter à cet échec.
Nous
réalisons que les désirs ou fuites des uns et des autres ont induit un
comportement séparatiste, chacun se retrouvant coupé des autres, d’un projet
commun d’activité. Auraient-ils eu cette attitude dans le groupe EVL ?
Imaginons une maison en construction où chaque ouvrier n’en ferait qu’à sa
tête… Quel en serait le résultat ?
Nous nous
séparons après une méditation sur l’image du sentier et de la porte.

