Bulletin no 34 du 25/10/2008
 

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Bulletins du groupe d'Eveil à Psychologie, la Philosophie et la Spiritualité

Ces bulletins sont mis gracieusement à la disposition de toute personne jeune ou adulte qui s'intéresse aux questions posées par des enfants sur tous les aspects de la vie. Il restitue les découvertes et les réactions spontanées d’un groupe en cheminement.

Ce groupe (EPPS) est le résultat de la fusion des groupes d'Eveil à la Vie (EVV) et d'Eveil à la Lumière (EVL) qui ont cheminé en parallèle jusqu'en 2007.

Si l’identité des personnes concernées est révélée involontairement par les prénoms des enfants, elles pourront toujours, après la lecture de ce qui suit, établir un dialogue qui révèle l’amour des uns pour les autres.

 

 8 - 14 ans

 

  

BULLETIN N°34

Séance du 25/10/2008

Participants : Aurélie Claire R - Claire B – Estelle - Léa - Marion - Paul – Pauline – Pierre - Thomas

Animatrices : Corinne - Dominique

Invitée : Annie

Planche d’Aurélie intitulée "le vol"

Aurélie a volé des bonbons dans plusieurs boulangeries. Prise de remords, elle en a parlé à ses parents. Ils lui ont alors demandé de faire des lettres d’excuses aux commerçants et de leur rendre la somme d’argent volée.

Elle explique son geste par :

- Son désir de reconnaissance et de valorisation vis-à-vis des autres jeunes du collège.

- L'anticipation d'un refus de la part de ses parents de lui acheter beaucoup de bonbons.

Ses principales attitudes sont souvent liées au regard que les autres posent sur elle. Elle a peur d'être critiquée et méprisée ; de ce fait, elle n'est pas naturelle : elle fait l’intéressante, elle se montre provocatrice, blindée pour ne pas passer pour faible ou sensible…

Au cours de cette période de vol, l’intelligence pour faire le mal s’est développée en elle et a pris la place de l’intelligence du bien et de la réflexion. Sa raison et ses désirs se sont affrontés suscitant un conflit intérieur important, souffre de souffrance.

Le fait d'avouer ses vols l'a libérée d'une charge émotionnelle importante. Elle réalise qu'il lui faut davantage réfléchir avant d’agir car elle n'a pas été seule à assumer les conséquences de ses vols : ses parents aussi en ont assumé une partie puisqu'ils l'ont accompagné voir les commerçants et ont eu une image négative de l'éducation qu’ils lui avaient donné…

Dieu a donné des commandements pour empêcher les hommes de souffrir. Ces commandements vont dans le sens de la paix, de la joie et de l’amour. Mais sa personnalité est têtue : même si on l'avertit des conséquences négatives d’un acte, elle veut quand même le faire car elle n’a pas peur des conséquences.

Pour avoir une attitude élevée,  il faut de la rigueur, de la persévérance et du travail sur soi.

Elle essaie aujourd'hui de regagner la confiance de ses parents pour vivre une relation positive avec eux. Son but est de devenir un disciple qui apprend à exprimer les qualités de l’Âme. Cela implique qu'elle dise la vérité et qu'elle demande pardon avec le cœur.

 

Commentaires sur la planche

Aurélie a conscience que dire la vérité engendre la miséricorde chez les autres qui, ainsi, ne se sentent pas trahis.  Il peut y avoir une attitude qui consiste à satisfaire tous ses désirs puis toujours demander pardon et une autre qui consiste à réfléchir pour ne pas céder à tous ses désirs.

Qu'est-ce qui  s'est passé chez Aurélie ?  Est-ce le besoin d'être aimée, de se sentir valorisée qui l'a poussée à commettre des actes qu'elle se pensait incapable de faire ? Jusqu’où peut-on aller pour être aimé des autres ? Pour des raisons affectives, on peut faire des choses qu’on s’était promis de ne jamais faire. Connaissons-nous bien nos limites ?

En réponse à cette question, Pauline pense qu'elle ne tenterait pas de se suicider, mais elle ressent parfois une telle impulsivité et violence intérieure qu’elle n’est plus capable de réfléchir et qu’elle pourrait peut-être tuer ou se droguer.

Nous demandons aux enfants qui a déjà pensé au suicide.

 

Le suicide

- Pierre  a envisagé le suicide quand il se trouvait nul. Ce sentiment est né de l’image que les autres lui renvoient. Aujourd’hui, il tente d’ignorer ce que les autres pensent de lui mais quand il n’y arrive pas, il accumule en lui des colères qui ne sortent pas. Le suicide est une colère que l'on retourne contre soi.

Pierre a souvent envie de crier, mais il s’en empêche. Nous lui demandons qu’est-ce qu’il aurait envie d’exprimer et qu’il retient depuis longtemps.

Il voudrait dire à sa mère que le regard qu’elle porte sur lui le fait souffrir. Il pense que sa mère le sous-estime, l’infériorise, le dénigre, qu’elle transmet aux autres une image négative de lui. Il ne se sent pas compris par ses parents. Pierre admet que même sans le regard d'autrui, il porte une image négative de lui-même mais il pense qu’il est à même de percevoir ce qui doit être corrigé.

Son père lui fait les mêmes reproches que sa mère, mais il a l’impression qu'il ne cristallise pas son regard sur lui, qu'il lui laisse la possibilité de changer. A contrario, Pierre dit de sa mère qu’elle lui renvoie une image irrémédiable. Il a le sentiment qu’elle le comprend moins bien depuis qu’elle exerce en tant que psychologue. Il la trouve plus distante et fausse.

- Thomas, pendant la séparation de ses parents, a été confronté à l'idée du suicide, mais il n'avait pas le courage de passer à l'acte, surtout quand il pensait à la peine que cela procurerait à ses parents.

- Aurélie pense au suicide quand elle croit que les autres la rejettent et ne l'aiment pas. Mais elle est « sûre » qu'elle ne passera pas à l'acte car elle ne voudrait pas se faire mal.

- Paul et Marion expriment des ressentis identiques à ceux d'Aurélie.

 

Le dialogue

Quand nous devons échanger avec quelqu'un qui a un pouvoir sur nous, nous avons des difficultés à dialoguer car on ne dialogue vraiment qu'avec quelqu'un qui est au "même niveau" que nous. Les parents ont un "pouvoir" sur leurs enfants. Peuvent-ils avoir un vrai dialogue avec eux ? Nous pouvons observer ce mécanisme dans d'autre lieu de rencontre comme l'entreprise. Quand un patron sollicite un dialogue avec ses salariés, ces derniers se méfient.

Qu’avons-nous peur de perdre quand nous disons ce que nous pensons ? Depuis tout petit l'enfant dit ce qui fait plaisir aux autres, ce que ses parents attendent de lui. Les enfants savent ce qu’il faut dire ou ne pas dire depuis l’âge de 2 ans environ. Le sens de l’égo induit très tôt le mensonge.

 

Comment dialoguons-nous avec nos parents

- Paul, dans ses colères, dit tout ce qu’il pense à sa maman, mais après il se sent triste. Il a plus de mal à exprimer certaines choses à son père.

- Thomas dit des choses à sa mère quand il est en colère car il pense qu’elle peut le comprendre.

- Marion ne dit pas ce qu'elle pense aux personnes qu'elle aime car elle a peur de perdre la relation ou bien que cela mette en place une distance encore plus grande entre elle et l'autre. A plus de facilité à dialoguer avec sa mère.

- Léa croit que si elle dit à ses parents tout ce qu’elle pense d’eux, ils retourneraient la situation contre elle, ils se défendraient. Elle estime que si ses propos ne changent rien chez l'autre, ça ne sert à rien de dire. A plus de facilité avec sa mère.

- Estelle a déjà exprimé certaines choses à ses parents, mais rien de méchant.

- Aurélie pense que les parents ont toujours la même image de leurs enfants, ils ne voient pas qu’ils changent. Elle a l'impression que l'image que ses parents ont d'elle ne peut pas changer. A plus de facilité avec sa mère.

- Claire R. a du mal à dire à ses parents ce qu'elle pense car elle ne veut pas leur faire de mal ni qu’ils prennent de la distance.

- Claire B. n'a pas de difficulté avec ses parents mais avec son papi Henry c’est plus difficile. Elle n’a pas l’habitude de se confronter à l’autorité de ses parents, alors dès que quelque chose ne va pas elle se met à pleurer. Cela va chercher la notion d'abandon. Son papi prend à cœur tout ce qu'elle devient. Il est exigeant et protecteur. Elle a l'impression de ne pas pouvoir s'exprimer, elle le ressent comme un désaveu, un rejet.  Le scorpion ascendant verseau cherche à être irréprochable. Claire est loin de dire ce qu'elle pense à son papi. Elle a des difficultés à changer ses habitudes, c'est une manière de s'affirmer.

- Pierre n'exprime pas à ses parents ce qu'il pense car cela leur ferait de la peine. Il a beaucoup de réactivités et ses propos seraient méchants voir violents.

- Pauline commence à exprimer à ses parents et notamment à sa mère ce qu'elle pense d'elle.

 

L'amour sécurité

Il y a en nous une dimension affective colossale qui revendique une sécurité absolue sur l’affection que les autres nous portent. Alors on commence à négocier avec le côté binaire de notre esprit qui se traduit par il m'aime / il ne m'aime pas.

Au fond, que risque t-on à exprimer à l'autre nos ressentis ? On dramatise souvent, on amplifie la portée émotionnelle.

Il serait intéressant de mettre en place des duos analytiques entre un parent et un enfant qui n'est pas le sien afin de renouveler le regard que l'adulte et l'enfant porte sur l'autre et de dédramatiser leurs relations. Rien ne nous interdit de faire un dialogue "sandwich" du type : je t’aime mais il y a ça qui ne va pas dans ton comportement…

 

Le sentiment d'impuissance

Le suicide est une fuite, un sentiment d’impuissance. Celui qui commet cet acte se retire de manière définitive, il arrête d’être en relation. Il ne pense pas que les situations à envisager sont infinies.

Chaque fois que nous éprouvons un sentiment d’impuissance, pensons à un événement du passé où la situation s’est débloquée, où on a vu plus large et plus haut. Quand nous rechutons, posons-nous les questions suivantes :

Qu’est-ce que je n’ai pas vu ?

Qui va me permettre de sortir de ce sentiment-là ?

Lorsque nous sortons de la souffrance en comprenant bien ce que nous venons de vivre, nous sommes devenu plus fort, ce qui nous permet d'aider les autres, d'être utile à notre tour.

    

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