Bulletin no 32 du 27/09/2008
 

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Bulletins du groupe d'Eveil à Psychologie, la Philosophie et la Spiritualité

Ces bulletins sont mis gracieusement à la disposition de toute personne jeune ou adulte qui s'intéresse aux questions posées par des enfants sur tous les aspects de la vie. Il restitue les découvertes et les réactions spontanées d’un groupe en cheminement.

Ce groupe (EPPS) est le résultat de la fusion des groupes d'Eveil à la Vie (EVV) et d'Eveil à la Lumière (EVL) qui ont cheminé en parallèle jusqu'en 2007.

Si l’identité des personnes concernées est révélée involontairement par les prénoms des enfants, elles pourront toujours, après la lecture de ce qui suit, établir un dialogue qui révèle l’amour des uns pour les autres.

 

 8 - 14 ans

 

  

BULLETIN N°32

Séance du 27/09/2008

Participants : Aurélie Claire R - Claire B – Estelle - Léa - Marion - Paul – Pauline – Pierre - Thomas

Animatrices : Dominique - Corinne

Planche de Pauline sur la haine

La haine est un sentiment de profonde antipathie à l'égard de quelqu'un, conduisant parfois à souhaiter l'abaissement ou la mort de celui-ci.

Cette planche a été donnée à Pauline pour éclaircir une question douloureuse qu'elle se pose depuis des années : est-elle réellement la fille de Simone et Pierre ?

Pauline, qui a été adoptée par Simone et Pierre alors qu'elle était bébé, a l’impression, lorsqu'ils la grondent, qu'ils ne sont pas ses parents. Dans ces moments-là, elle panique, ne répond pas et s’enferme dans sa chambre dans un état très défensif ; elle se sent alors en elle une grande violence.

Dans les conflits avec sa mère, Pauline est très négative : elle remet en question sa filiation et la raison de son adoption : « ce n’est pas possible, ce n’est pas ma mère ! Pourquoi me traite-t-elle comme cela ? Si c’est pour avoir un traitement pareil, pourquoi m’avoir adoptée ? Je n’ai pas ma place dans cette maison ». Parfois, elle se révolte intérieurement : « Je ne me laisserai pas faire ! Je suis indépendante, j’ai besoin de personne, je peux me défendre seule ! » Dans ces moments là, elle ne se rend pas compte que sans les corrections de sa mère, elle ne serait pas guidée et se sentirait abandonnée.

Parfois, elle souffre aussi en considérant tous les objets que ses parents lui ont achetés car elle pense qu'ils font cela pour lui faire oublier qu'elle n'est pas leur fille ou pour faire semblant de l'aimer. Pauline les considère t'elle vraiment comme ses parents ? Les aime t-elle ? Il arrive parfois qu'elle en doute et se dise qu'elle les hait.

Elle comprend que son sentiment d'injustice repose sur son orgueil, son refus d'être remise en question, et qu'il n'a pas lieu d'être car elle se fait gronder pour des raisons valables. Mais lorsqu'elle est en colère, elle se dit que sa mère n'a rien compris, qu'elle ne l'aime pas et qu'elle peut de ce fait s'autoriser à la haïr à son tour. Lorsqu'elle se dit qu'elle hait sa mère, elle se sent plus forte par rapport à elle. En fait, elle sait que ses parents l'aiment, qu'elle les aime également et qu'elle ne veut pas qu’ils l'abandonnent. A chaque conflit avec eux, elle a peur de revivre l’abandon vécue étant petite, elle dramatise, se bloque, n’écoute plus rien et panique.

Comment ôter la hantise d’être abandonnée ? Comment exprimer son amour à leur égard ? Il faut qu'elle accepte de se remettre en question, de comprendre qu'elle ne sera pas abandonnée et qu'il y a des êtres qui l’aiment et qu'elle aime également. Elle doit devenir plus simple, se libérer des principes, des conventions, montrer qu'elle veut de l’amour et qu'elle souhaite en donner. Pour cela, elle pense qu’il lui faut beaucoup méditer et parler. 

Haine et sentiment d’abandon

Aujourd’hui, Pauline ne réagit plus de la même façon aux réprimandes de ses parents. Même si elle a encore quelques réactions, elle comprend que c’est pour son bien, pour l’aider.

Elle articule la notion de haine et la peur d’être abandonné, qui se manifeste dans sa relation avec ses parents. Dans un autre contexte, ces sentiments pouvaient réapparaitre. Par exemple, au collège, quand Pauline se disputait avec ses camarades, elle pensait qu’elle ne méritait pas d’être aimée, ce qui la conduisait à s’isoler. Pauline associe le rejet au sentiment d’abandon et cela suscite en elle de la haine.

Quels que soient les motifs de l'abandon, ils sont issus de difficultés propres aux parents plus qu’à l'enfant. Pauline ne s’attribue-t-elle pas à tort la responsabilité de son abandon ?

Que se passe t-il quand on a de la haine et que l'on ne l'exprime pas ? On la garde jusqu'au jour où cela explose. Parfois ce sont d'autres personnes que celle qui a suscité de la haine qui en subissent les conséquences.

Comment faire le lien entre la haine et le sentiment d'abandon ? Se sent-on abandonné dès que l’on est réactif ?

On peut se retrouver dans des situations où l'on est seul contre tous ou bien tous les autres sont contre soi. Quand on est seul, on ne se sent pas fort. Quand tous ont une opinion contraire à un seul, le doute peut s'installer. On peut commencer à adopter des points de vue différents pour être avec les autres. 

Réflexions autour de l’adoption

- Aurélie : la planche de Pauline m’a renvoyée à des pensées que j’ai pu avoir envers mes parents. Quand ils me corrigent, je pense qu’ils ne m’aiment pas et que je suis une enfant adoptée.

- Pierre pense qu’un enfant n’est pas un objet et que de ce fait, qu’il soit un enfant biologique ou adopté, il doit être bien  traité.

Quasiment tous les enfants du groupe ont éprouvé au moins une fois le sentiment d’avoir été adopté.

D’où vient l’idée qu’un enfant adopté ne peut être aimé comme les autres enfants ? Dans la littérature ou les contes, de nombreux exemples montrent des enfants adoptés qui ont été maltraités (Cosette, Cendrillon, Harry Potter…). Fait-on plus attention  aux choses qui ne nous appartiennent pas qu'à celles qui nous appartiennent ? Il semblerait que, pour la plupart des enfants, leur attitude découlerait de leur sentiment d’appartenance ou de non appartenance.

Si on a des bons sentiments, pourquoi projeter des mauvais sentiments chez les autres ?

L’enfant adopté peut penser que s’il déçoit ses parents il pourrait être rejeté. Ce n’est pas pour autant qu’on doit se demander à chaque réprimande si on est adopté, pourtant Pauline peut légitimement se poser cette question car elle sait qu’elle est adoptée et doit extirper cette association.

On a observé le point de vue de l'adopté, mais il serait important de considérer le point de vue du parent adoptant qui craint de ne pas être aimé et « adopté » à son tour par l'enfant, il a aussi besoin d'être rassuré. Nous manquons de certitude de part et d'autre. Cela peut déboucher vers une agression permanente. On fait cela avec toutes nos relations : nos parents, nos amis. Tout le monde veut être aimé. On peut briser ce cercle en s’affranchissant du sentiment de dépendance.

L’enfant adopté peut se sentir de passage dans sa famille adoptive et de fait ne s’attache pas.

Pourquoi est-ce si difficile d’entrer en contact avec l’enfant de l’autre dans le cas des familles recomposées ? Chacun peut se dire "Ce n'est pas mon père", "ce n'est pas mon fils" j'en ai rien à faire. Si Pauline était la fille biologique de Simone, ne serait-elle pas moins exigeante ? Peut-être, peut-être pas. Toutes les mères cherchent à être des bonnes mères et sont très touchées si cela est remis en question.

La haine

- Claire B. : j’ai déjà éprouvé de la haine contre ma mère.

Jusqu’où va ce sentiment ? Taper, détruire… ? Quand on ne peut pas taper l’autre, qu’est-ce qu’on fait ? On se tape soi-même intérieurement. Une intention ou une énergie que nous ne pouvons exprimer contre l’autre se retourne automatiquement vers nous. La haine est perturbatrice pour notre santé. Avec de la sagesse, on arrête notre pensée avant de ressentir ce sentiment.

- Paul : J’ai fréquemment des colères violentes pour des choses qui n’en valent pas la peine (je ne veux pas mettre la table…)

Il y a toujours un peu de haine dans la colère.

- Marion : la haine monte lorsque l'autre résiste ou montre une indifférence. Il y a un rapport de force qui doit être gagné. Si l'autre montre qu'il est faible et qu'il reconnait sa faiblesse, je vais être satisfaite mais s'il est vraiment malheureux je suis touchée car je veux  que l'autre m’aime quand même.

- Thomas : j’éprouvais de grande colère à l’époque où mes parents se séparaient. J’ai tapé dans une porte puis je me suis enfermé dans une pièce.

La haine nous enferme symboliquement et réellement. Comment s’en libérer ?

- Léa : j’ai éprouvé de la haine envers les garçons à l’école primaire. Ils me traitaient mal, m’appelaient la « vache ». J’avais des ressentiments, aujourd’hui j’éprouve une sorte d’indifférence.

Peut-être que cela va conditionner un choix chez Léa (lionne) : n’aimer que les garçons faibles qu’elle pourrait « cocooner ». De plus il ne faudrait pas que le garçon lui enlève le sentiment de domination sinon elle pourrait ne pas l’aimer. Attention, c’est un mécanisme à défaire.

- Claire R. : n’exprime pas sa haine par peur d’être seule à l’école. Elle attendait le soir pour s’en ouvrir à sa mère mais sans vraiment se libérer. Claire doit travailler son sentiment de faiblesse sinon elle peut développer un sentiment de haine et de repli sur elle-même. Elle doit apprendre à dire les choses, à ne pas fuir.

N’y a-t-il pas eu un jeu de domination entre Marion et Claire ? Marion en tant que dominatrice et Claire en tant que dominée.

C’est la « loi du poulailler » : les poules sont hiérarchisées et installent une domination, une poule tape sur une autre, qui tape elle-même sur une autre etc.…

- Pierre : quand j’éprouve de la colère envers quelqu’un, si je me sens en capacité physique de me défendre, je le fais. Quand l’autre est plus fort (comme mon père par exemple) je ne fais rien, je m’empêche de dire ce que je voudrais dire.

Pierre vit selon la loi du plus fort (loi des coqs). Alors mentalement il imagine des scènes où il frappe les autres ou bien il se défoule en tapant sur ses sœurs (loi de substitution).

- Estelle : quand j’éprouve de la haine je vais dans ma chambre me défouler en tapant sur mes coussins.

- Aurélie : à l’école je me sentais inférieure aux autres car j’étais la plus jeune, ils se servaient de moi, j’encaissais. Quand mes parents me grondaient, avec tout ce que je subissais déjà à l’école, je pouvais les haïr, ne me sentant pas soutenue. Je me suis convaincu que j'étais plus forte, donc je tapais les autres au risque d'être détruite.

On ne peut dissocier la haine de la colère. Est-ce qu’il faut toujours un peu de haine pour se mettre en colère ? Sans doute une petite dose qui ne demande qu’à remonter dans certaines circonstances. Il faut travailler la haine pour éviter la colère, maîtriser ses pensées.

Nous concluons notre rencontre en donnant la parole à Josette qui dit avoir beaucoup appris sur le mécanisme de la haine.

  

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