Participants : Aurélie –
Claire R -
Claire B
– Estelle -
Léa -
Marion -
Paul
– Pauline
– Pierre -
Thomas
Animatrices :
Dominique
- Corinne
Planche de Pauline sur la
haine
La haine est un sentiment de
profonde antipathie à l'égard de quelqu'un, conduisant
parfois à souhaiter l'abaissement ou la mort de celui-ci.
Cette planche a été donnée à
Pauline pour éclaircir une question douloureuse qu'elle se
pose depuis des années : est-elle réellement la fille de
Simone et Pierre ?
Pauline, qui a été adoptée
par Simone et Pierre alors qu'elle était bébé, a
l’impression, lorsqu'ils la grondent, qu'ils ne sont pas ses
parents. Dans ces moments-là, elle panique, ne répond pas et
s’enferme dans sa chambre dans un état très défensif ; elle
se sent alors en elle une grande violence.
Dans les conflits avec sa
mère, Pauline est très négative : elle remet en question sa
filiation et la raison de son adoption : « ce n’est pas
possible, ce n’est pas ma mère ! Pourquoi me traite-t-elle
comme cela ? Si c’est pour avoir un traitement pareil,
pourquoi m’avoir adoptée ? Je n’ai pas ma place dans cette
maison ». Parfois, elle se révolte intérieurement : « Je ne
me laisserai pas faire ! Je suis indépendante, j’ai besoin
de personne, je peux me défendre seule ! » Dans ces moments
là, elle ne se rend pas compte que sans les corrections de
sa mère, elle ne serait pas guidée et se sentirait
abandonnée.
Parfois, elle souffre aussi
en considérant tous les objets que ses parents lui ont
achetés car elle pense qu'ils font cela pour lui faire
oublier qu'elle n'est pas leur fille ou pour faire semblant
de l'aimer. Pauline les considère t'elle vraiment comme ses
parents ? Les aime t-elle ? Il arrive parfois qu'elle en
doute et se dise qu'elle les hait.
Elle comprend que son
sentiment d'injustice repose sur son orgueil, son refus
d'être remise en question, et qu'il n'a pas lieu d'être car
elle se fait gronder pour des raisons valables. Mais
lorsqu'elle est en colère, elle se dit que sa mère n'a rien
compris, qu'elle ne l'aime pas et qu'elle peut de ce fait
s'autoriser à la haïr à son tour. Lorsqu'elle se dit qu'elle
hait sa mère, elle se sent plus forte par rapport à elle. En
fait, elle sait que ses parents l'aiment, qu'elle les aime
également et qu'elle ne veut pas qu’ils l'abandonnent. A
chaque conflit avec eux, elle a peur de revivre l’abandon
vécue étant petite, elle dramatise, se bloque, n’écoute plus
rien et panique.
Comment ôter la hantise
d’être abandonnée ? Comment exprimer son amour à leur égard
? Il faut qu'elle accepte de se remettre en question, de
comprendre qu'elle ne sera pas abandonnée et qu'il y a des
êtres qui l’aiment et qu'elle aime également. Elle doit
devenir plus simple, se libérer des principes, des
conventions, montrer qu'elle veut de l’amour et qu'elle
souhaite en donner. Pour cela, elle pense qu’il lui faut
beaucoup méditer et parler.
Haine et sentiment d’abandon
Aujourd’hui, Pauline ne
réagit plus de la même façon aux réprimandes de ses parents.
Même si elle a encore quelques réactions, elle comprend que
c’est pour son bien, pour l’aider.
Elle articule la notion de
haine et la peur d’être abandonné, qui se manifeste dans sa
relation avec ses parents. Dans un autre contexte, ces
sentiments pouvaient réapparaitre. Par exemple, au collège,
quand Pauline se disputait avec ses camarades, elle
pensait qu’elle ne méritait pas d’être aimée, ce qui la
conduisait à s’isoler. Pauline associe le rejet au sentiment
d’abandon et cela suscite en elle de la haine.
Quels que soient les motifs
de l'abandon, ils sont issus de difficultés propres aux
parents plus qu’à l'enfant. Pauline ne s’attribue-t-elle pas
à tort la responsabilité de son abandon ?
Que se passe t-il quand on a
de la haine et que l'on ne l'exprime pas ? On la garde
jusqu'au jour où cela explose. Parfois ce sont d'autres
personnes que celle qui a suscité de la haine qui en
subissent les conséquences.
Comment faire le lien entre
la haine et le sentiment d'abandon ? Se sent-on abandonné
dès que l’on est réactif ?
On peut se retrouver dans des
situations où l'on est seul contre tous ou bien tous les
autres sont contre soi. Quand on est seul, on ne se sent pas
fort. Quand tous ont une opinion contraire à un seul, le
doute peut s'installer. On peut commencer à adopter des
points de vue différents pour être avec les autres.
Réflexions autour de
l’adoption
- Aurélie : la planche de
Pauline m’a renvoyée à des pensées que j’ai pu avoir envers
mes parents. Quand ils me corrigent, je pense qu’ils ne
m’aiment pas et que je suis une enfant adoptée.
- Pierre pense qu’un enfant
n’est pas un objet et que de ce fait, qu’il soit un enfant
biologique ou adopté, il doit être bien traité.
Quasiment tous les enfants du
groupe ont éprouvé au moins une fois le sentiment d’avoir
été adopté.
D’où vient l’idée qu’un
enfant adopté ne peut être aimé comme les autres enfants ?
Dans la littérature ou les contes, de nombreux exemples
montrent des enfants adoptés qui ont été maltraités
(Cosette, Cendrillon, Harry Potter…). Fait-on plus
attention aux choses qui ne nous appartiennent pas qu'à
celles qui nous appartiennent ? Il semblerait que, pour la
plupart des enfants, leur attitude découlerait de leur
sentiment d’appartenance ou de non appartenance.
Si on a des bons sentiments,
pourquoi projeter des mauvais sentiments chez les autres ?
L’enfant adopté peut penser
que s’il déçoit ses parents il pourrait être rejeté. Ce
n’est pas pour autant qu’on doit se demander à chaque
réprimande si on est adopté, pourtant Pauline peut
légitimement se poser cette question car elle sait qu’elle
est adoptée et doit extirper cette association.
On a observé le point de vue
de l'adopté, mais il serait important de considérer le point
de vue du parent adoptant qui craint de ne pas être aimé et
« adopté » à son tour par l'enfant, il a aussi besoin d'être
rassuré. Nous manquons de certitude de part et d'autre. Cela
peut déboucher vers une agression permanente. On fait cela
avec toutes nos relations : nos parents, nos amis. Tout le
monde veut être aimé. On peut briser ce cercle en
s’affranchissant du sentiment de dépendance.
L’enfant adopté peut se
sentir de passage dans sa famille adoptive et de fait ne
s’attache pas.
Pourquoi est-ce si difficile
d’entrer en contact avec l’enfant de l’autre dans le cas des
familles recomposées ? Chacun peut se dire "Ce n'est pas mon
père", "ce n'est pas mon fils" j'en ai rien à faire. Si
Pauline était la fille biologique de Simone, ne serait-elle
pas moins exigeante ? Peut-être, peut-être pas. Toutes les
mères cherchent à être des bonnes mères et sont très
touchées si cela est remis en question.